Intégration dans la société
Il y a deux types d’expatriés. Ceux qui vivent entre expatriés, et ceux qui vivent avec les gens du pays. L’idéal pour moi c’est de me fondre le plus possible dans la population locale. Ça ne veut pas dire couper les liens avec les Français, mais je pense qu’à Rome il faut vivre comme les Romains. En général je n’ai pas de mal à m’adapter mais c’est toujours plus facile dans certains pays que d’autres.
Paradoxalement ça n’est pas toujours dans son propre pays qu’on s’intègre le mieux dans la société. Trouver du travail, se faire des amis, c’est parfois plus facile ailleurs. En plus être un étranger attire souvent la sympathie des gens, voire la curiosité, ce qui facilite les prises de contact. Les pays où les étrangers sont accueillis avec froideur ou méfiance ne sont pas si nombreux. Évidemment si l’on ne fait pas l’effort d’apprendre la langue du coin on s’enferme automatiquement dans une bulle car il devient presque impossible d’avoir de vrais échanges avec les gens, et il faut donc faire quelques efforts au départ.
En général les gens attirent vite la sympathie quand ils voyagent dans un pays étranger, mais ça n’est pas forcément une vérité. Par exemple j’ai toujours eu de bonnes relations avec les Canadiens mais il existe quand même au Québec un “sentiment anti-Français” (le mot est sûrement un peu fort) chez certaines personnes. Souvent les cultures qui sont les plus proches de nous ont tendance à nous accueillir plus froidement. En Europe aussi les Français sont souvent vus comme fainéants et râleurs, et dans d’autres pays francophones on parle d’eux comme des gens fiers qui se pensent supérieurs aux autres. En Asie par contre la France reste synonyme de luxe, de culture et de romantisme.
Au Canada c’est facile de s’intégrer. Surtout au Québec où les gens parlent français. Par contre, même si on se sent vite chez soi c’est toujours un sentiment étrange d’être au milieu de gens qui parlent la même langue mais ont une culture et un humour différent. Oui, parce que c’est bien embêtant de ranger au placard ironie et humour noir quand on parle en français. À part ça il n’y a pas un fossé énorme entre les cultures et c’est à peine si on a l’impression d’être dans un pays différent quand on est Français et qu’on habite à Montréal.
La Chine par contre c’est presque une autre planète. Pour commencer on est littéralement dévisagé dans la rue et on nous balance des “Hello” à chaque coin de rue. Ça n’est pas méchant mais il n’y a rien de tel pour rappeler continuellement que l’on est un étranger. Le bon point c’est quand même que, à part dans certains coins très touristiques, l’étranger n’est pas synonyme de pigeon à plumer comme par exemple en Thaïlande ou en Inde. On peut donc faire ses courses ou prendre le taxi sans trop de risques de se faire arnaquer et sans être tout le temps sur ses gardes. Mais s’intégrer à la population est très difficile. Souvent en Chine les expatriés restent entre eux. Évidemment la barrière de la langue est énorme, et les Chinois qui parlent une langue étrangère sont rares. Ce sont généralement des gens qui ont voyagé et qui ne sont pas forcément représentatifs du reste de la population. Pourtant les Chinois sont très amicaux, prennent plaisir à accueillir les étrangers et à échanger quelques mots, alors que nouer une vraie relation amicale avec quelqu’un n’est pas si simple. Comme toujours en Chine tout est toujours plus facile dans les grandes villes modernes.
Au Japon c’est assez facile de s’intégrer et on se sent vite à l’aise si l’on fait l’effort d’apprendre quelques mots de japonais. Personnellement je m’y sens vraiment chez moi, mais beaucoup témoignent au contraire qu’ils n’arrivent pas à trouver leur place ici. Le problème c’est que l’étranger n’est pas considéré comme une personne de confiance. Souvent il suffit d’échanger quelques mots avec une personne pour rétablir ce sentiment de confiance, mais face aux grandes institutions et à tout ce qui touche à l’argent c’est souvent très compliqué. Pas facile d’avoir un visa de résidence permanente même en ayant sa famille et son travail sur place, pas facile d’avoir une simple carte de crédit même avec des revenus semblables à ceux d’un Japonais et plusieurs années passées dans le pays, pas facile de louer un appartement sans avoir un garant japonais, pas facile d’avoir un prêt à la banque pour acheter une maison etc. Le fait d’être marié à un(e) Japonais(e) facilite un peu tout ça mais jamais complètement. Même bien intégré on est donc toujours un peu à part. Mais notons que je n’ai jamais ressenti le fameux “racisme japonais” dont on parle parfois.
La France enfin, n’est pas forcément le pays dans lequel un Français se sentira le mieux intégré. Je n’ai jamais rencontré de problème en France et je m’y sens évidemment comme chez moi. Mais je me sens quand même plus à l’aise dans d’autres endroits. Pour moi le fait d’être étranger est un facteur qui permet de rencontrer plus de monde et qui donne l’opportunité d’appartenir à plusieurs réseaux. En plus je ne vois pas vraiment de relation entre le fait d’être né à un endroit et d’y passer sa vie, c’est comme d’habiter un château mais de rester toujours dans une seule pièce. Avec cette vision je considère la France comme “un chez moi” et pas simplement comme “chez moi”. D’ailleurs le nombre d’expatriés français dans le monde est en forte augmentation et de plus en plus de ces expatriés ne veulent pas retourner dans leur pays d’origine. C’est bien qu’ils arrivent à trouver leur place ailleurs.
Mon classement:
En partant du principe que l’on fasse l’effort d’apprendre la langue du pays:
1. Canada
2. Japon
3. France
4. Chine
Pour beaucoup de Français je pense que la France arriverait logiquement en première position.