Ceci est interdit au Japon !
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Ceci est interdit au Japon !

Lorsque l’on voyage ou que l’on vit à l’étranger il est toujours préférable de se renseigner sur les coutumes et les lois du pays d’accueil pour éviter les mauvaises surprises. Au Japon par exemple il est généralement interdit de se baigner en public lorsque l’on a un tatouage. Mais dire adieu aux onsens et aux piscines municipales n’est pas la seule restriction à laquelle vous aurez à faire face au Japon.

Ainsi n’importe lequel d’entre nous peut se retrouver dans une position difficile s’il ne sait pas que les autorités japonaises ont interdit depuis le XIXe siècle, à la surprise de tous, l’auto-momification.

Cela paraît incroyable mais l’auto-momification que vous connaissez tous sous le nom de Sokushinbutsu est belle et bien interdite car apparentée à un rituel suicidaire. Impossible donc de venir au Japon pour tenter de défier la science et atteindre l’illumination en suivant le chemin de Bouddha ! Le touriste devra se contenter de visiter les temples de Kyoto et de faire des achats à Akihabara !

Si vous vous exposez à des sanctions au Japon ce rituel reste heureusement possible dans la majorité des pays civilisés. Aussi un rappel de la marche à suivre pour vivre pleinement l’expérience ne fera pas de mal.

C’est très simple puisqu’il y a seulement 4 étapes à suivre, c’est à la portée d’un enfant :

– D’abord se nourrir uniquement de noix, de graines et de baies durant 1 000 jours et penser à faire un maximum d’exercices physiques pour maigrir et éliminer toutes les graisses de son corps.

– Ensuite durant les 1 000 jours suivant on entame un réel régime à base de racines et d’aiguilles de pin (sans sauce bien évidemment). Après cette période vous aurez perdu une bonne partie de vos fluides corporels.

– La troisième étape consiste à consommer uniquement du thé réalisé à base de plantes toxiques pour achever le processus de déshydratation et préserver les tissus de l’attaque de certaines bactéries.

– Vous êtes enfin prêt à être enfermé en position du lotus dans une cavité juste assez grande pour y tenir assis. Chaque jour signalez que vous êtes encore vivant à l’aide d’une petite cloche. Si un jour la cloche ne tinte plus vos amis à l’extérieur sauront qu’ils peuvent sceller définitivement la cavité. Ils reviendront dans 1 000 jours pour vérifier que le processus d’auto-momification à bien réussi.

L’auto-momification est extrêmement complexe et peu de gens y arrivent. Au Japon seuls une vingtaine de moines ont réussis. N’oubliez pas de nous envoyer une photo sur Instagram ou Twitter si vous parvenez à finir le rituel avec succès, mais encore une fois ne tentez pas l’expérience au Japon car c’est interdit.

Guest House Ici Japon (8)
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Guest House Ici Japon (8)

Petit point sur l’avancée des travaux deux mois après le début de la construction.

Pendant un mois et demi il ne s’est pas passé grand-chose d’excitant puisque c’est le temps qu’il a fallu pour faire les fondations. Depuis le début de la semaine dernière en revanche ça bouge très vite. En juste quatre jours on est passé d’une dalle de béton au sol à la pose du toit.

Vous le découvrez peut-être mais les maisons japonaises sont généralement faites en bois. À l’exception d’une base en béton armé, d’un joint en caoutchouc sous la structure, et de quelques renforts en métal sous le toit, tout en en bois, c’est pour cela que la construction va si vite. C’est intéressant de voir les premiers jours de construction car le squelette en bois est finalement caché dans les murs et on ne se rend pas compte qu’une maison japonaise est à la base une vraie forêt de poutres.

Il n’a fallu que 5 jours après la pose de la première poutre pour déjà voir la délimitation de toutes les pièces de la maison. On peut déjà se faire une bonne idée de comment sera l’intérieur. Par rapport au plans certaines pièces paraissent déjà plus grandes alors que d’autres ont l’air d’être plus petites. Cette sensation va certainement évoluer après la pose des murs et des portes.

Sur la photo suivante vous voyez la pièce cuisine et salle de vie de la guest house:

10 choses françaises qui me manquent au Japon
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10 choses françaises qui me manquent au Japon

1. La nourriture

Évidemment ! Je n’ai aucun problème avec la cuisine japonaise, au contraire, mais ça n’empêche pas que régulièrement j’ai envie d’un bon cassoulet, d’un chausson aux pommes ou d’un « vrai » sandwich jambon camembert. On ne se rend pas compte du nombre de bonnes choses qu’il y a en France avant de partir longtemps à l’étranger. Au départ j’y pensais moins mais ces derniers temps ça revient de plus en plus souvent.

2. Les distributeurs automatiques de billets.

Autant le Japon est en avance sur certaines choses autant pour les DAB c’est l’âge de pierre. C’est vraiment très ennuyeux de ne pouvoir utiliser sa carte Visa ou Mastercard presque nulle part. Déjà dans pas mal de pays les DAB sont soit Visa, soit Mastercard, et déjà c’est lourd. Mais au Japon c’est carrément ni l’un ni l’autre dans l’immense majorité des cas. C’est surtout embêtant pour les touristes qui n’ont pas de compte en banque avec une carte de retrait japonaise, mais même ayant ça et en étant habitué au système ça m’arrive encore de me faire avoir de temps en temps.

3. Les cinémas

Par rapport à la France les cinémas japonais ne sont vraiment pas terribles. C’est cher, les écrans sont généralement assez petits et le choix en films américains est très limité (et en plus ils arrivent des semaines ou des mois après). En plus, même pour un blockbuster américain il y a souvent juste une ou deux séances par jour, impossible de se faire un bon ciné sur un coup de tête. Ce que j’aime bien en revanche c’est que tous les films sont en v.o.

4. Voyager facilement

Où que l’on soit en France on se trouve à juste quelques heures de voiture ou de train d’un autre pays. Pas besoin de passeport, pas besoin de changer de monnaie, pas besoin de réserver un billet d’avion pour passer le week-end à l’étranger. Sur une île c’est bien plus compliqué et chaque voyage demande pas mal de préparation. Quand j’étais en France je partais toujours à droite ou à gauche en voiture en me décidant à la dernière minute. Depuis que je suis au Japon je ne sors presque plus du pays.

5. Les hypermarchés

Les hypermarchés français sont typiquement français. Les équivalents que l’on retrouve ailleurs dans le monde sont assez différents (même quand il s’agit de chaînes françaises). Au Japon les hypermarchés sont quasiment inexistants. Carrefour s’était implanté il y a quelques années avant de repartir. Ici on ne fait pas ses courses pour la semaine avec un caddie mais ses courses pour un ou deux jours avec un panier. Le concept est donc totalement différent. Au Japon on apprécie que les supermarchés proposent beaucoup de produits frais et de plats tout prêts cuisinés le jour même. En revanche le choix est terriblement limité pour quelqu’un qui connaît la France. Dans le rayon des yaourts on a peut-être une dizaine de choix max. Et c’est comme ça pour tout. Et à part de la nourriture, des produits d’entretien et un rayon cosmétique/PQ, il n’y a rien d’autre. Pas de Hi-fi, pas de rayons jardin, automobile, vêtements, CD, livres, sport etc. Bref faire ses courses au Japon n’est pas très excitant.

6. L’ouverture sur le monde

Le Japon est une île et ça se sent. Les Japonais sont très tournés sur la culture et les informations intérieures du pays et ne s’intéressent pas trop à ce qui se passe ailleurs. Le fait que le Japon ait une très grosse industrie du divertissement (musique, cinéma, drama, manga, jeux vidéo…) rajoute encore à ce phénomène d’isolation car les Japonais n’ont pas besoin d’aller chercher ailleurs ce qu’ils font très bien chez eux. Avec internet on a accès à tout et on ne manque ni d’infos ni de divertissements étrangers. Le problème arrive quand on parle avec les Japonais. Je dis régulièrement que c’est impossible de parler de séries américaines au Japon mais c’est aussi le cas pour de nombreuses choses. À moins de s’entourer de Japonais qui ont beaucoup voyagé ou qui ont habité en Occident c’est très difficile de partager certaines choses ou d’avoir des débats d’idées intéressants.

7. Les Jeux

Les Français sont très joueurs. Jeux de cartes, jeux-vidéo, jeux de plateau etc., on aime se retrouver autour d’une table ou sur un canapé entre amis pour une belote, une partie de Mario Kart, un Trivial Pursuit ou un Loups-Garous. Les Japonais ne connaissent pas vraiment ça. Ils se divertissent surtout à l’extérieur, dans les Karaoke par exemple. Je fais régulièrement des soirées Mahjong avec des amis et ça remplace un peu, mais je ferais bien une soirée Soul Calibur ou un Risk de temps en temps.

8. Les brosses à dents

Les brosses à dents japonaises ne sont vraiment pas terribles. On dirait des brosses à dents de voyage, petites et toutes simples. Quand on est habitué aux brosses à dents Colgate ou Signal « Expert Vertical Inside Precision Sonic Extra-clean Integral 8 Actions 360° Sensitive Pro-Apaisant MaxWhite One » ça change. Du coup je suis obligé de me faire envoyer ça de France. (Maman si tu lis ce message, il ne m’en reste plus qu’une…). Il y a 10 ans j’aurais aussi parlé du déodorant mais ça s’est bien amélioré ces dernières années.

9. Les vêtements

Je suis loin d’être un fana du shopping mais au Japon je galère grave pour trouver des vêtements à ma taille et surtout des chaussures à ma pointure. Je vais vous dire franchement ça fait longtemps que je ne cherche même plus. Heureusement que mes jeans survivent de nombreuses années. Pour le reste (T-shirt, chaussettes etc.) j’achète presque tout à Uniqlo et pour les chaussures je vais faire venir ça directement des États-Unis à partir de maintenant.

10. L’humour français

Être le seul à rigoler à ses blagues c’est un peu con…

Ce que je n’aime pas au Japon
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Ce que je n’aime pas au Japon

Vous avez remarqué? À chaque fois que je dis du bien du Japon, ou à chaque fois que je porte un regard critique sur ce qui se passe ailleurs, il y a toujours au moins une personne pour dire que je ne suis pas objectif, et que je ne parle que des bons côtés du Japon sans parler des mauvais côtés. Alors parlons-en ! Ouvrons les barrières ! Aujourd’hui, le Japon, je lui en mets plein les dents !

Mais avant quelques petites précisions. Mon but sur ce blog est de partager mon expérience du Japon, de présenter le pays tel que je le vois, et de parler de ce qui me marque dans la vie au quotidien. Il se trouve que ma vie au Japon, à Tokyo, est tout simplement géniale. J’ai une famille formidable, j’adore mon travail, je suis bien intégré et entouré de personnes attentionnées, j’ai des projets plein la tête et je suis en bonne santé. La vie au Japon me convient parfaitement et j’adhère à la grande majorité des coutumes et des règles de politesse du pays. Partant de là vous comprendrez que je n’ai pas beaucoup de grandes critiques à formuler envers mon pays d’adoption. Bien sûr on peut formuler beaucoup de critiques à l’encontre du Japon, comme pour n’importe quel pays. Mais ce qu’il faut regarder à mon avis c’est si les mauvais côtés ont un impact négatif sur le quotidien ou non, tout en gardant à l’esprit que tout le monde n’attache pas la même importance à chaque côté jugé positif ou négatif d’un pays. Par exemple, quand on me dit « Les Japonais tuent des baleines ». Je réponds d’accord ce n’est pas un point considéré comme positif par de nombreuses personnes. Mais qu’est ce que vous croyez que ça change sur mon quotidien au Japon? Est-ce qu’en France les gens se disent « Quand je pense qu’en ce moment des gens mangent du lapin et gavent des oies pour faire du foie gras, quelle journée de merde! » ? Non. Eh bien c’est pareil au Japon.

Alors à chaque fois on me dit la même chose. « Tu dis ça mais tu oublies de dire que »:

– Les Japonais sont racistes et les étrangers ne sont jamais considérés comme des Japonais.
– Les Japonais ne sont polis qu’en apparence
– Le travail au Japon est insupportable
– Le système de santé est meilleur en France
– Le système scolaire est mauvais au Japon
– Les Japonais se suicident beaucoup plus qu’ailleurs

Il se trouve que je n’ai jamais ressenti le fameux racisme japonais dont tout le monde parle. Je me suis tout de suite fait des amis Japonais, ma belle-famille m’adore et me considère comme un membre à part entière de la famille. Même le grand-père et la grand-mère de ma femme ne savent pas comment me faire plaisir. Et c’est pareil avec tous les membres de la famille sans exception. Plusieurs années avant de rencontrer ma femme j’avais une petite amie Japonaise que j’avais rencontrée au Canada. Ça s’était passé de la même façon avec ses amis et sa famille. J’ai peut-être eu deux fois de la chance? En tout cas je suis bien accepté partout où je vais. Là où j’habite, dès le départ on m’a invité à participer à la vie du quartier et tout le monde m’a « adopté » très vite. La grand-mère qui habite la porte à côté nous dépose des légumes qu’elle cultive elle-même sur le palier une ou deux fois par mois. Aucun problème non plus quand je travaillais dans une boulangerie avec des Japonais. À la crèche les enfants m’adorent et me sautent dessus tous les jours quand j’arrive. Mieux, je ressens le fait d’être Français comme un avantage. Et étant Français j’aime être considéré comme tel, je n’ai absolument aucune envie que l’on me considère comme un Japonais.

Effectivement pour un étranger il est difficile de louer un appartement sans avoir de garant au Japon, il vaut mieux avoir un visa de longue durée pour ouvrir un compte dans certaines banques et de bons revenus pour avoir une carte de crédit. Certains appellent ça du racisme. Je vous laisse vous faire votre avis.

Je n’ai jamais vraiment compris la soi-disant « politesse d’apparence » des Japonais. Je dis ça sans ironie aucune, peut-être que quelqu’un peut m’expliquer. Je trouve les Japonais extrêmement polis, courtois et serviables. Je ne sais pas si certaines personnes s’attendent à ce que les Japonais fassent des politesses « de bon cœur » ou « par plaisir » ou quelque chose de ce genre? De mon point de vue être poli même quand on n’a pas envie de l’être c’est une marque de respect encore plus grande, c’est même la définition même de la politesse qui est d’adopter volontairement certaines règles de vie en société.

Concernant le milieu du travail je suis assez mal placé pour en parler de façon générale car l’expérience varie énormément d’une personne à l’autre, même au sein d’une même entreprise. Aujourd’hui je suis à mon compte et j’adore mon travail. Quand je travaillais dans une boulangerie c’était fatigant et je faisais beaucoup d’heures. Par contre je n’y ai jamais ressenti aucun stress ou alors très peu. Je pense que je faisais du bon boulot et d’ailleurs on me le disait régulièrement, autant de la part des collègues, que des clients ou du patron. Étant donné que j’étais payé à l’heure ça ne me dérangeait pas vraiment de travailler beaucoup et j’étais plutôt satisfait de ce que je gagnais. La première année je touchais un salaire horaire assez bas et la deuxième année j’ai demandé 40% d’augmentation qui m’ont été accordés. Je ne vais pas me plaindre de ça. Je suis peut-être bien tombé mais je n’ai pas cherché longtemps en tout cas, ça m’a demandé une demi-journée pour trouver du travail en boulangerie et j’ai pris le premier poste qu’on m’a proposé. Évidemment je parlais japonais, trouver un travail au Japon sans parler le japonais c’est sûrement une toute autre histoire.
Ma femme connaît elle le milieu de l’entreprise typiquement japonaise. Elle est enseignante. La première année était très difficile pour elle, pas à cause du travail en lui-même mais à cause des relations très complexes entre les personnes qui travaillent ensemble. La deuxième année ça allait beaucoup mieux et aujourd’hui elle n’a aucune envie de quitter son travail. Elle travaille beaucoup, le matin elle part avant 6h et rentre le soir vers 18h/19h, parfois plus tard. En ce moment c’est les vacances d’été au Japon mais elle va au travail tous les jours, soit pour surveiller des activités extra-scolaires (piscine aujourd’hui) soit pour assister à des réunions ou des séminaires. Elle aura environ 10 jours de repos dont trois jours de vacances entre collègues plus ou moins imposés. Mais c’est un choix. En contrepartie elle fait un travail qu’elle aime et touche un bon salaire avec 4 mois de bonus par an en plus.

Je connais beaucoup de Japonais qui ont des horaires similaires et il est clair que les Japonais travaillent beaucoup. Mais, à moins d’être juste rentré dans l’entreprise, en général le salaire est adapté à la charge de travail. Même si, il ne faut pas le cacher, les salaires étaient bien meilleurs il y a 10 ou 20 ans. Ceci est un choix, pas une obligation. Je connais des Japonais pompistes, boulangers, coiffeurs, poissonniers, peintres en bâtiment, poseurs de tatami, surfeurs et autres, et ils n’ont pas tous des horaires de fou. Il ne faut pas imaginer tous les Japonais travaillant dans un bureau sans se reposer, on peut choisir de faire autre chose aussi.

Alors « oui » le travail au Japon est certainement plus difficile que dans la majorité des autres pays du monde mais j’ai la chance d’avoir un travail que j’aime et auquel je consacre volontiers tout le temps que je ne consacre pas à ma famille. Je ne me sens donc pas vraiment concerné par le « problème » du travail au Japon. Ça changera peut-être un jour mais touchons du bois.

Le système de santé est clairement meilleur en France. Moins cher, plus efficace, plus moderne. Le premier contact que j’ai eu avec un hôpital japonais était hallucinant. Je visitais le grand-père de ma femme qui venait de se faire poser un pacemaker. La chambre dans laquelle il était était tout juste incroyable. Une chambre de huit lits avec un tout petit espace pour chaque personne séparé par un rideau. À côté du lit un petit meuble avec une vieille télé à carte et un tabouret rouillé. On aurait dit un hôpital de fortune dans un pays du tiers-monde en guerre. J’avais tellement envie de prendre une photo mais je n’ai pas osé. Le deuxième contact que j’ai eu avec le milieu de la santé c’était pour la naissance de notre fils. La clinique venait d’ouvrir quelques jours auparavant. Il y avait encore quatre lits par chambre mais c’était beaucoup plus spacieux et évidemment tout neuf. Enfin j’ai été surpris de découvrir qu’à Tokyo les dentistes traitaient plusieurs patients dans la même pièce et que les visites chez le médecin sont super expéditives (genre 3 minutes en moyenne). On cotise à la sécurité sociale en fonction de ses revenus et le tarif le plus bas est vraiment bas. Les visites médicales et le dentiste ne sont pas remboursés intégralement et à chaque fois ça me coûte environ une quinzaine d’euros entre la visite et les médicaments. Pour les enfants tout est gratuit. En cas de grosse intervention chirurgicale ou pour traiter une maladie grave je n’ai aucune idée de ce que ça peut coûter. Clairement le système de santé est moins avantageux au Japon mais je ne trouve pas ça invivable. Je cotise et paye 15 euros 3 ou 4 fois par an quand j’ai un rhume ou que je vais chez le dentiste et ma connaissance du système de santé s’arrête là. Je n’ai encore jamais trouvé de bonne raison de me plaindre et j’espère que ça va rester comme ça.

Le système scolaire japonais a mauvaise réputation. Je vous dirai peut-être qu’effectivement il est nul dans quelques années mais pour le moment mon fils est à la crèche et je n’ai donc pas encore eu l’occasion de vraiment découvrir les écoles japonaises. Je vois juste que ma femme est enseignante et qu’elle se donne à fond pour son boulot et ses élèves, donc à priori j’ai plutôt une bonne image des écoles grâce à ça, et je sais qu’une bonne partie de l’éducation se fait à la maison de toute façon. Quant à la crèche de mon fils, pour parler de ce que je connais bien, je la trouve parfaite. Elle est toute neuve, mon fils est rentré le jour même de l’ouverture, le personnel est très compétant, les parents sont souvent invités à participer à des activités avec les enfants, les activités sont d’ailleurs très variées (en ce moment c’est surtout piscine), la nourriture est parfaite, et ça n’est pas cher. Comme en France il faut juste arriver à trouver une place. Ça n’a pas l’air si facile mais on n’a eu aucun problème. Un coup de chance?

Les Japonais se suicident plus qu’ailleurs. Je ne sais pas pourquoi mais c’est de loin ce qui revient le plus. C’est « l’argument ultime » pour dire que la vie au Japon n’est pas agréable. Déjà, même s’il est plus élevé, le nombre de suicides au Japon n’est pas radicalement différent des autres pays. Les chiffres diffèrent beaucoup d’une année sur l’autre et d’une étude sur l’autre et pour faire simple je prends la « Liste des pays par taux de suicide » de Wikipedia qui reprend les chiffres de l’Organisation mondiale pour la santé et qui correspondent à ceux du Ministre des Affaires sociales et de la Santé pour la France. En 2007 au Japon on avait 24.4 suicides pour 100 000 personnes par an. En 2008 En France on a 16.2 suicides pour 100 000 personnes. Ça fait environ 1.5 fois plus de suicides au Japon qu’en France. C’est une différence notable, on est tous d’accord. Mais est-ce une différence telle qu’elle justifie de se focaliser autant sur ce point? Personnellement je ne pense pas. Et suivant ce raisonnement si je regarde le nombre de suicides en Iran en 2013 qui est de 4.8 pour 100 000 habitants ou celui de Haïti qui est carrément de 0 en 2003 je dois en déduire que ce sont des paradis sur Terre? Arrêtons avec ce genre de raisonnement. Si je trouve que vivre au Japon est agréable je ne vais pas changer d’avis parce que le nombre de suicides y est plus élevé que dans d’autres pays. D’autant que j’attire votre attention sur une chose. Si vous voulez savoir si une population est heureuse ou non ne vaudrait-il pas mieux regarder le nombre de tentatives de suicides dans le pays? Parce que ça n’est pas parce que l’on rate sa tentative de suicide que l’on est plus heureux qu’une personne qui ne se loupe pas. Selon l’OMS environ 5% des personnes dans le monde font une tentative de suicide dans leur vie, ça fait du 5 000 personnes sur 100 000. Et, en France comme dans beaucoup d’autres pays, dans certaines tranches d’âge on dépasse encore très largement ce pourcentage. Après ces observations notons que les Japonais se suicident soit par pendaison, soit en se jetant dans le vide, soit en se jetant sous un train. On a moins de chance de se louper comme ça qu’avec des médicaments très utilisés dans d’autres pays à mon avis. Bref chercher à savoir s’il fait bon vivre dans un pays avec des batailles de chiffres sur le suicide ne me paraît pas pertinent. Au quotidien j’entends parler de suicide occasionnellement, à peu près autant que quand j’étais en France ou peut-être à peine plus. Franchement je ne constate pas vraiment de différence autre que sur les méthodes utilisées qui marquent bien plus au Japon.

Mais pour en revenir au sujet de cet article, ce que je n’aime pas au Japon, mais vraiment pas, ce sont les montants de portes trop bas !!!

Défaite par K.O.
Pourquoi je n’ai pas envie de retourner en France
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Pourquoi je n’ai pas envie de retourner en France

Le Japon est propre – Le Japon est un pays sûr – Le Japon est un pays moderne – Les Japonais sont aimables et respectueux – Les espaces publics au Japon sont bien entretenus – Les trains japonais sont toujours à l’heure – Les Japonaises sont mignonnes, féminines et portent des mini-jupes même en hiver – Il n’y a pas de grève au Japon – Le Japon est un pays magnifique – Les combinis japonais sont ouverts 24h/24 – Au Japon le client est vraiment roi – Au Japon les toilettes publiques sont propres.

Voilà pour la liste non exhaustive des bon côtés que l’on remarque tout de suite au Japon. Ce sont toutes ces petites choses qui rendent le pays agréable aux touristes, et encore plus agréable à ses habitants. Si je devais résumer tout cela en une phrase je dirais que le Japon est un pays sans source de stress inutile. Évidemment même au Japon on peut être très stressé à cause de son travail, de ses études ou à cause des relations que l’on entretient avec telle ou telle personne. Mais on ne ressent pas, ou très rarement, toutes ces mini-agressions quotidiennes qui agacent, énervent, et rendent au final une journée désagréable. Par exemple, les gens qui parlent fort dans les transports en commun, les vendeurs mal-aimables, les dégradations, même minimes, à droite et à gauche, les chauffeurs de taxi qui ne connaissent pas leur route, les regards agressifs dans la rue, les trains qui arrivent en retard etc. Tout cela n’existe pas au Japon. À Tokyo on peut très bien être serré dans le métro aux heures de pointe, subir de grosses chaleurs en été ou encore être victimes d’autres gênes, mais ce sont des choses qui ne peuvent pas être évitées, ça n’est la faute de personne, et ça change tout.

La qualité de la vie au Japon, et particulièrement à Tokyo, me manquerait beaucoup si je devais quitter le pays. Mais ça n’est pas à cause de toutes ces choses que je n’ai aucune envie de revenir en France. Je suis Français, fier de mes origines, de ma culture et de l’éducation que j’ai reçue. J’estime qu’être Français est une chance et un atout et je ne changerais ma nationalité pour aucune autre. Pourtant retourner vivre en France me paraît aujourd’hui impossible.

Photo de Paris: Eirik Holmøyvik

Edit: C’est dommage de devoir le préciser mais au vu des réactions de nombreuses personnes ça me paraît nécessaire: cette photo est volontairement exagérée et n’a pas pour ambition de représenter la réalité. Ça me paraissait logique au moment de la publier mais apparemment ça n’est pas si logique que ça.

Ça fait maintenant 11 ans que j’ai quitté la France et je n’y suis pas revenu très souvent. Trois fois, peut-être quatre. Pour être franc la France ne me manque pas, et comme ma famille vient me voir régulièrement je n’éprouve pas le besoin d’y retourner. J’y suis allé l’année dernière pour faire découvrir mon pays à ma femme et à mon fils mais à part cette fois à chaque fois j’y suis retourné uniquement pour des raisons administratives en rapport avec le travail ou des visas. Dans le futur j’y retournerai régulièrement mais certainement plus dans le cadre de mon travail ou pour rapprocher mon fils de ses origines que par un besoin de retour aux sources. Si la France ne me manque pas c’est surtout parce que je trouve vite ma place là ou je suis, ça n’a pas vraiment de rapport avec le Japon. Quand j’habitais dans d’autres pays c’était pareil, surtout au Canada où je me sentais comme chez moi.

Écartons quelques minutes le fait que le Japon est un pays dans lequel il fait bon vivre et que je ne sois pas du genre à considérer mon pays comme mon « habitat naturel ». Oublions le fait que j’ai maintenant ma famille et mon travail au Japon. Ce qui ne me donne pas envie de revenir en France c’est tout autre chose.

Depuis l’étranger l’image de la France est catastrophique !

Étant Français je m’intéresse tout naturellement à l’actualité de mon pays. Je ne regarde pas que les actualités françaises mais il est très rare qu’un jour passe sans que je ne regarde le JT de 20h de France 2 et C dans l’air, et quotidiennement je fais le tour de l’info sur pas mal de sites internet français. En passant, vive internet qui permet de ne rien rater de ce qui se passe partout dans le monde.

Que ça soit aux infos, dans les émissions, à la télé, sur le net, à la radio, les nouvelles venant de France font peine à voir. Il y a d’abord la classe politique toute entière qui donne une image lamentable du pays. Il y a ensuite les reportages sur les braquages qui tournent mal et les violences qui s’enchaînent partout. Tout cela est entrecoupé de nouvelles de grèves, de manifestations et de tous les moyens de contestations possibles et imaginables. Côté divertissement on n’entend parler que de Nabila et de Touche pas à mon poste. Voilà l’image que l’on a de la France depuis l’étranger. Même en sachant que ça ne représente pas la réalité avouez que ça ne donne pas envie d’y aller.

Mais il y a encore pire que ça. Vous pouvez regarder n’importe quel article d’un site d’actualité français, et même régulièrement des articles sur des sites qui n’ont rien à voir avec l’actu. Quel que soit le sujet, neuf fois sur dix le premier commentaire est « De toute façon avec Flanby au pouvoir il ne faut pas s’étonner », immédiatement suivi d’un « Tu crois que c’était mieux avec le nain », et ça continue sans s’arrêter. C’est désespérant. On a l’impression que tous les Français sont des rageux pessimistes irrespectueux qui ne savent que se plaindre et s’engueuler. Je sais bien sûr que ça n’est pas le cas et d’ailleurs ce que je vois sur internet contraste énormément avec les Français que je rencontre à l’étranger qui sont toujours des personnes intéressantes avec qui je passe du bon temps. Mais ça me fait peur quand même. Aujourd’hui je regardais un documentaire américain qui expliquait comment les gens qui nous entouraient influençaient nos habitudes et notre humeur. Par exemple si vous avez des amis obèses vous avec plus de chances de devenir obèse à votre tour que si vous n’en connaissez pas. S’il y a beaucoup de divorces dans votre entourage vous avez plus de chances de divorcer. Si vos relations sont heureuses vous devenez heureux également. Ça marche autant IRL que sur internet et les réseaux sociaux. Sachant cela auriez-vous envie de vous entourer volontairement de la population la plus pessimiste du monde?

Je ne vous cache pas qu’un autre facteur me gêne beaucoup en France. C’est le statut d’entrepreneur. Les gens qui montent leur entreprise sont enfoncés par les gouvernements successifs avec des taxes insupportables et une législation infernale (c’est tellement simple au Japon !). Et comme si ça ne suffisait pas ils sont détestés par une grosse partie de la population. Je crois que la France est le seul pays au monde ou presque où les gens qui créent des emplois sont mal aimés des gens qui veulent du travail. La France est le seul pays au monde ou presque où la réussite n’est pas un exemple. Depuis l’étranger on a l’impression que partout dans le monde les gens cherchent à avoir une vie meilleure et se donnent les moyens pour ça, mais qu’en France les gens voudraient que personne ne réussisse. Encore une fois je ne suis pas en France depuis de nombreuses années et toutes ses conclusions je les tire des infos qui me parviennent à travers les filtres de l’actualité moderne.

Pour un Français, quand on habite à l’étranger, paradoxalement, on se sent bien plus Français que lorsque l’on est en France. C’est le cas pour moi en tout cas. En dehors de la France le moindre détail nous rappelle presque à chaque instant, par automatisme, que l’on est Français. De ce fait on a vraiment envie de voir son pays briller et quand ça n’est pas le cas c’est extrêmement décevant voire même blessant. Personnellement je me sens comme un représentant de mon pays à l’étranger. J’ai conscience que tout ce que je fais donne une image positive ou négative de la France aux gens qui m’entourent. À ce titre j’essaye d’avoir toujours un comportement irréprochable pour que les gens se disent « Ils sont bien ces Français ». C’est d’autant plus important au Japon où je suis souvent le premier Français avec qui les Japonais que je rencontre ont une interaction. Et franchement je ne me sens pas aidé par mon pays. Essayer de présenter une bonne image d’un pays qui se ridiculise à l’étranger ça n’est pas toujours facile. Heureusement que la France est encore synonyme de romantisme, de mode et de culture sinon on n’aurait plus grand-chose.

Tout ça pour dire que depuis quelques années la France renvoie une image déplorable aux autres pays, et même en étant soi-même Français ça ne donne pas envie d’y vivre.

Et ça n’est pas que moi. Je rencontre régulièrement des Français bien intégrés au Japon ou dans un autre pays qui me disent ne pas vouloir retourner en France, ou même avoir fait une dépression après être rentré. Ça peut être pour diverses raisons comme la qualité de la vie au Japon, le pouvoir d’achat et les salaires bas en France, la difficulté de créer son entreprise ou de faire une carrière intéressante et bien d’autres choses. En tout cas vivre en France n’est pas attirant quand on a vécu dans un autre pays, particulièrement quand il s’agit du Japon.

Maintenant dites-moi ! La vision de la France que j’ai en ce moment depuis l’étranger est-elle juste, exagérée, ou totalement fausse ?

Japon: ce qui a changé en 10 ans
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Japon: ce qui a changé en 10 ans

Ça fait déjà plus de 10 ans que je suis venu au Japon pour la première fois. J’ai fait mes premiers pas au Japon à Shinjuku, en plein milieu de Tokyo. Je me rappelle en sortant de la voiture d’avoir levé les yeux pour découvrir les grands immeubles modernes, puis les avoir baissés pour constater la propreté des rues. J’ai ensuite vu les enseignes colorées et je me suis me suis ruiné les oreilles à cause des vendeurs qui criaient au porte-voix « Irashaimaseeeee !!! » devant tous les magasins. C’était un autre monde. Passé ce premier contact j’ai découvert les looks extrêmes à Harajuku, les boutiques d’Akihabara et tout le reste. J’en prenais plein les yeux et je me suis régalé du moindre détail durant trois mois.

Ma première image du Japon, en avril 2004

10 ans plus tard le Japon et Tokyo ne sont pas si différents. Il y a 10 ans le Japon était déjà à la pointe de la modernité et il n’y avait déjà plus de place pour des changements extrêmes. Ça n’est pas comme en Chine où l’on voit les villes changer du tout au tout presque d’une année sur l’autre. Malheureusement je dirais même que Tokyo a perdu un peu de son intérêt. Ça n’est pas devenu moins bien et je pense que les personnes qui découvrent la capitale pour la première fois se régalent tout autant que moi lors de mon premier séjour. Mais on remarque d’un côté que le Japon a perdu son avance sur certaines choses, et de l’autre que Tokyo s’est « lissée » ou épurée. Quand je regarde en arrière je remarque malheureusement plus de choses qui ont changé dans le mauvais sens que dans le bon.

La technologie

C’est l’une des premières choses qui viennent à l’esprit quand on pense au Japon. Le Japon c’est le pays de la technologie et il reste leader dans de nombreux domaines High-tech. Les produits destinés au grand public ont toutefois été largement rattrapés par la concurrence coréenne, chinoise ou américaine. Pas en terme de qualité et de fiabilité mais en popularité, et ça grâce à plus d’innovation (Apple il y a quelques années), des prix plus bas (hp, LG, Asus, Acer…) et une bien meilleure maîtrise de leur image (Apple, Samsung).

Il y a 10 ans, en arrivant à Tokyo, je découvrais les superbes « keitai » japonais. Des téléphones qui permettaient de regarder la télé, de surfer sur le net, de payer ses achats, de prendre des photos, d’emprunter les transports en commun et tout ça sur un grand écran. Et ils coûtaient 1 yen (un centime d’euro) avec un abonnement d’un an ! À l’époque, dans le reste de monde on avait des Nokia dont les dernières innovations étaient la radio et l’écran couleur, et pour beaucoup plus cher… Tous ceux qui connaissaient voulaient un téléphone japonais mais ils ne fonctionnaient qu’au Japon. Et puis Apple a sorti son iPhone…

En 2004, les meilleurs téléphones étaient japonais.

Aujourd’hui on ne voit plus que des smartphones et la grande majorité sont des iPhone. Et même si les Japonais sont revenus dans la course, et de belle manière grâce à Sony, il n’y a plus de domination japonaise, tous les smartphones se ressemblent plus ou moins.

Avec l’arrivée des smartphones on remarque un autre changement. Il y a 10 ans je voyais dans le train plein de gens lire des mangas. La moitié était sur son téléphone et l’autre moitié soit lisait des mangas soit jouait sur console portable. Aujourd’hui tout le monde a le nez collé à son smartphone. Étant donné qu’il sert aussi à jouer et à lire des mangas…

Les magasins d’électronique japonais sont toujours aussi impressionnants qu’il y a 10 ans. Mais là encore on voit du changement. Il y a 10 ans on pouvait tester au Japon les consoles de Nintendo et les Playstation en avant-première. Pareil pour les ordinateurs. Aujourd’hui les consoles, PC, tablettes et smartphones sortent à peu près en même temps partout dans le monde. Le Japon voit même les produits japonais arriver chez lui après l’Europe et les US maintenant. Pas cool. Quant aux PC japonais, alors qu’il y a avait des centaines de modèles auparavant, et presque pas de marques étrangères, la situation s’est complètement inversée. J’essaye d’acheter des produits japonais au maximum pour la qualité et le service après-vente mais dans l’informatique ça devient presque impossible. PC, écrans, imprimantes… il n’y a presque plus que du matériel américain, coréen ou chinois. Et les produits japonais, quand il y en a, sont vraiment chers.

Trop content de pouvoir dire à tout le monde que j'ai joué à la PSP et à la DS avant leur sortie.

Quant à internet, lors de mon premier voyage j’ai découvert la fibre optique 100Mb, alors qu’à Montréal j’étais content d’être passé à une connexion de 6Mb et qu’en France c’était déjà très bien d’avoir 2Mb Aujourd’hui le Japon reste clairement en avance, on peut avoir du 2Gb chez les particuliers depuis 2013, mais le gap n’est plus aussi net. La majorité des foyers ne voit pas l’intérêt de passer au-dessus du 100Mb ou 200Mb standard. Pareil pour la 4G, ça fait un bout de temps que c’est le standard au Japon mais on ne voit pas arriver la suite et le Japon risque de perdre son avance.

Il y a 10 ans c’était aussi la mode du Aibo, le petit robot-chien (ou chien-robot?) de compagnie. On avait l’impression de rentrer dans l’ère de la robotique, d’être à un tournant crucial. Et puis en fait ça n’avance pas si vite. Le Japon des robots ça n’est que dans les reportages à la télé ou les mangas.

Les Aibo au Sony Building de Ginza en 2004, abandonnés par Sony en 2006 et vendus aujourd'hui plus de 15 000 euros sur le net.

Il y a tout de même des choses qui ont évolué dans le bon sens. Je pense à la carte Suica/Pasmo qui permet de voyager sur l’ensemble du réseau de train/métro/bus du Japon et qui s’utilise même dans les taxis, pour faire les courses, pour acheter des boissons aux distributeurs et pour d’autres choses encore. Ça facilite bien la vie, surtout pour le transport. Il y a 10 ans je vous passe les détails mais c’était galère de prendre le train.

Shinjuku-Odaiba en 2004: 3 lignes de trains sur 3 compagnies différentes -> la carte Suica plus 2 tickets.

Tokyo

Tokyo est une ville qui change vite. On ne voit pas de gros travaux qui modifient le paysage urbain comme de nouvelles lignes de métro et de nouveaux gratte-ciel mais les magasins changent constamment et de nouveaux centre commerciaux ouvrent régulièrement un peu partout. On a beau connaître un quartier il y a toujours de nouveaux magasins à découvrir ou au contraire des enseignes qui ont disparu. J’aime beaucoup voir que la ville évolue. Il y a 10 ans la plupart des plus grands magasins et centre commerciaux de la ville n’existaient pas encore.

Shinjuku est le quartier qui a le plus changé avec la construction du gratte-ciel Mode Gakuen Cocoon Tower qui change totalement le quartier des affaires, et aussi l’immense LABI (magasin d’électronique) qui améliore pas mal le côté Est du quartier.

Shibuya a connu quelques changements avec notamment une nouvelle tour imposante mais je trouve que le quartier a perdu un peu de son charme au niveau du célèbre « Shibuya Crossing ». Il y a 10 ans il y avait bien plus d’écrans géants, c’était presque aussi bien que Times Square, mais plusieurs ont été remplacés par de la publicité statique. C’est nettement moins bien.

Shibuya en 2004, le film Troie sort au Japon le même mois que le reste du monde, un exploit qui vaut bien 4 affiches géantes au même endroit.

Harajuku est pour moi le quartier qui a perdu le plus de son charme. Ça reste très intéressant à découvrir et ne pas y aller serait une grave erreur. Mais deux choses me manquent. Les gothiques lolitas et autres jeunes aux styles délirants ne se regroupent plus près de la gare. Et les mini-concerts sauvages partout dans le parc Yoyogi et ses abords qui avaient lieu tous les week-ends quand il faisait beau ont été interdits. Pour moi c’est une grosse erreur de la ville qui devrait plutôt essayer de préserver ce genre d’initiatives. C’était vraiment super de voir des jeunes s’exprimer vestimentairement ou musicalement.

Akihabara a aussi bien évolué. Dans le bon sens comme dans le mauvais. À l’époque le quartier était majoritairement consacré à l’informatique, à l’électronique et aux jeux vidéo. Aujourd’hui c’est devenu le quartier des hobbies. On y voit beaucoup plus de figurines et de goodies en rapport avec les mangas par exemple. Les « maid-café like » se sont aussi multipliés, tout comme les énormes magasins d’électronique. Le Yodobashi Akiba est le plus bel exemple de ces évolutions, le plus gros magasin d’électronique au monde mais avec tout un étage consacré aux hobbies. Ce qui est dommage c’est que les petites boutiques disparaissent au profit des gros immeubles, et ça n’est pas un plus à mon avis. Les petites boutiques sont très intéressantes à découvrir, on peut y trouver des trésors et faire de super affaires. Et encore une fois la ville devrait préserver ce quartier en interdisant l’ouverture de tout ces p*tain de magasins de vêtements ou de déco qui n’ont rien à faire ici.

Je signale rapidement Asakusa. Ce quartier n’a pas changé d’un poil durant la dernière décennie à part que l’impressionnante Tokyo Sky Tree s’est imposée dans le décor de fond. Et je note la disparition d’un magasin très spécial dans lequel on pouvait manger et acheter plein de produits à base de baleine.

L’ouverture sur le monde

Le Japon est une île, et une île qui cherche à préserver sa culture et son confort de vie. Du coup le pays est assez hermétique à l’entrée de la culture extérieure. On voit ça très bien avec le cinéma hollywoodien ou les séries américaines qui arrivent au Japon au compte-gouttes et longtemps après le reste du monde. Les blockbusters de l’été sortent au mieux en septembre et les séries us arrivent des années après quand elles arrivent un jour. N’essayez pas d’entamer une conversation sur Game of Thrones au Japon, du moins pas avec un Japonais. Quand on demande à un Japonais ce qu’il aime comme séries américaines la réponse classique est « 24 » (non, pas Live Another Day, la dernière saison il n’en a pas encore entendu parler), Lost et Prison Break. C’est frais tout ça. Mais ça bouge un peu quand même. Déjà avec l’iPhone mais aussi avec la percée de la K-Pop et la popularité grandissante du foot. Et surtout on voit beaucoup plus de touristes au Japon qu’il y a 10 ans, l’année 2013 a d’ailleurs battu tous les records de visiteurs en dépassant la barre des 10 millions d’entrées. Et ça ne va qu’augmenter.

La vie au Japon

Je ne trouve pas de changement marquant à la vie au Japon. Il y a une étonnante stabilité dans le pays, du moins en apparence. Par exemple il n’y a pas d’inflation et les prix ne bougent pas. Mon loyer a même baissé automatiquement l’année dernière. Il y a bien eu une hausse de la TVA de 3% cette année pour contrer les effets de la crise, ainsi qu’une taxe de 2,1% sur les revenus pour la reconstruction après le tremblement de terre, mais ça ne se sent pas tant que ça en comparaison aux mesures prises partout dans le monde. Ça fait quand même un peu mal quand on achète une voiture et qu’on fait construire une maison comme moi en ce moment, mais ça n’est pas vraiment notable au quotidien. Malgré la crise, le gouvernement n’a pas mis la pression ni sur les ménages ni sur les entreprises et même si on voit bien que les entreprises embauchent moins et que les Japonais sortent moins entre collègues dans les bars le soir, le changement n’est pas énorme.

Les 10 prochaines années

Je pense que les 10 prochaines années vont être assez excitantes au Japon, et ce pour plusieurs raisons. Le Japon commence à comprendre que pour être compétitif à l’étranger il ne faut pas juste faire des produits de qualité mais aussi et surtout soigner sa communication, innover et prêter plus d’attention à ce que veut le consommateur. Toyota, Sony mais aussi Uniqlo sont de bons exemples de ce qu’il faut faire en ce moment. De plus le Japon reste leader mondial dans des secteurs qui devraient exploser d’ici quelques années comme la robotique et la domotique. Sans compter que la culture populaire japonaise continue à gagner du terrain dans le monde entier grâce aux mangas et aux animés notamment mais aussi par la nourriture, la mode, la musique, les jeux vidéos etc.

Et puis en 2020 arrivent les Jeux Olympiques de Tokyo. Le pays va accélérer son développement pour montrer au reste du monde ce dont il est capable. On va voir Tokyo se moderniser encore plus et les changements intéressants devraient s’enchaîner. Enfin j’espère.

À L'époque on avait beaucoup plus de mouchoirs gratuits dans les rues
RIP les 99 Shop avec leur musique d'ambiance "kyu... kyu kyu... kyu kyu... kyu kyu kyu
RIP le Snoopy Town de Harajuku
RIP le Muscle Theatre de Yokohama
Je me disais dans la tête "Un jour il sera mien, oh oui un jour il sera mien". Et puis en fait non.
Mes premiers achats au Japon. Un yukata que je n'ai jamais mis, des moules à oeufs qui m'ont servi une fois, un écran avec prise allume-cigare pour transformer son Game Cuge en console nomade qui m'a servi deux fois, une imprimante photo que j'ai allumée deux ou trois fois, des mangas en japonais que je n'ai jamais lus, mais une montre qui a fait le tour du monde avec moi durant des années.

Bonus: Tev en 2004, An-2 avant la barbe.


Voir aussi

icon Le Japon d’aujourd’hui sur l’Instagram Ici Japon

icon 10 ans d’aventure

Au Japon on s’habitue à…
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Au Japon on s’habitue à…

Après plus de 5 années passées au Japon j’ai eu largement le temps de me faire à la majorité des règles, coutumes, traditions et habitudes quotidiennes du pays. Je n’ai eu aucun problème pour adopter tout de suite presque toutes les règles de base de politesse, manger avec des baguettes ou rouler à gauche. D’autres petites choses ont pris plus de temps et il y en a d’autres en revanche auxquelles je ne m’habituerai sûrement jamais. Voici une petite liste des choses qui me viennent à l’esprit, n’hésitez pas à la compléter.

À Table

La nouritture √ Ok

J’ai aimé la nourriture japonaise tout de suite, aucun problème pour m’adapter. Aucun problème non plus pour faire la cuisine puisque je ne cuisine pas…

Manger avec des baguettes √ Ok

Je mangeais déjà avec des baguettes avant de venir au Japon.

Respecter les 10 000 règles de la table √ Ok

Il y a des dizaines de trucs à ne pas faire avec ses baguettes (à découvrir ici) mais on apprend vite, il suffit de faire une boulette une ou deux fois pour s’en rappeler.

Manger des nouilles en faisant du bruit √ Ok

Dragon Ball Z © Akira Toriyama

Au début je trouvais ça un peu dégueu de faire du bruit en aspirant le bouillon en même temps que les nouilles. Finalement je me suis habitué et ça me paraît tout à fait normal maintenant. Et c’est carrément meilleur comme ça. Ma mère n’est pas encore habituée après pas mal de voyages au Japon mais mon père s’en donne à cœur joie. Ça dépend des personnes.

Manger avec une cuillère X Pas Ok

Manger un yaourt ou de la soupe à la cuillère je veux bien. Mais au Japon il y des plats qui se mangent avec une cuillère à soupe et je déteste ça. C’est le cas du curry japonais par exemple, et de nombreux plats avec de la sauce. On est censé manger ça à la cuillère, mais je préfère mille fois à la fourchette voire même galérer avec des baguettes.

Alterner sucré et salé √ Ok

Il y a quelques années quand je voyais ma belle-famille japonaise se resservir une tranche de pizza après le dessert, ou attaquer un gâteau d’anniversaire en plein milieu du repas ça me faisait drôle. Au Japon on a tendance à manger tous les plats en même temps. Le sucré arrive normalement en fin de repas mais ne marque pas forcément la fin de celui-ci, aucun problème pour finir tous les plats qui restent sur la table après le dessert. Et lors d’un petit casse-croûte à l’extérieur c’est carrément l’anarchie, on mange un petit pain sucré avant d’entamer son hot dog, voire on mange les deux en même temps. Normal ! Je reste toujours sur ma bonne vieille habitude de finir par du sucré, mais si j’ai toujours un creux à la fin du repas pas de problème pour repasser sur du salé avant de remanger un truc sucré au final. Ça m’a bien pris deux ou trois ans d’entraînement.

En voiture

Rouler à gauche √ Ok

Pas de problème particulier de ce côté. On me pose souvent la question mais ça n’est pas très dur en réalité, j’ai l’impression que tout le monde prend le coup assez vite. Par contre il m’arrive de temps en temps de mettre les essuie-glaces à la place du clignotant car les commandes sont inversées.

[Mode culture générale On ]

« essuie-glace » n’est plus invariable depuis 1990

essuie-glaces /ɛ.sɥi.ɡlas/ masculin pluriel (orthographe rectifiée de 1990)

[Mode culture générale Off ]

Ne pas respecter les limitations de vitesse √ Ok

En France je faisais hyper attention aux limitations de vitesse. J’ai connu l’époque où on pouvait rouler à 170km/h sur l’autoroute sans trop s’inquiéter grâce à la règle des « jusqu’à +40km/h ça passe », mais du jour au lendemain on s’est retrouvé à devoir rouler le nez collé au compteur pour ne pas dépasser les limitations d’un seul kilomètre. Et j’ai joué le jeu. Du coup, quand je suis arrivé à Tokyo je respectais les limitations de vitesse comme en France, et soit je me faisais engueuler par ma femme soit je ralentissais toutes les voitures derrière moi. Au Japon personne ne respecte les limitations, et les feux orange n’inquiètent personne. Pour autant les gens conduisent de manière civilisée et c’est un plaisir de conduire même à Tokyo.

Les voitures carrées √ Ok

Les voitures japonaises cubiques, on aime ou on n’aime pas. Au début je n’étais pas fan. Je venais du Canada où je voyais plein de Mustang et de grosses bagnoles classe et la coupure a été assez nette. Mais petit à petit on trouve les voitures japonaises plutôt pratiques et spacieuses, bien pensées en fait. Plusieurs Japonais m’ont dit aimer le style des voitures européennes comme la Golf ou les citadines françaises mais ne pas en vouloir car l’intérieur n’est pas assez pratique ou spacieux. Et je comprends maintenant pourquoi ils pensent ça. Mais bon, à choisir je préfère quand même une Camaro à une voiture-cube. Et puis les Japonais savent aussi faire des voitures qui ont de la gueule.

En vélo

Rouler avec un vélo de grand-mère √ Ok

La première fois je me sentais un peu con avec mon vélo japonais avec son petit panier devant et sa forme de vélo de femme. Au bout d’un moment on trouve le panier bien pratique et on trouve ça encore mieux quand il y en a un deuxième à l’arrière. C’est un peu comme pour les voitures: le pratique prime sur le style.

Les cadeaux

Saint-Valentin / White Day √ Ok

À la Saint-Valentin l’homme reçoit un cadeau. Un mois plus tard, pour le White Day, il rend un cadeau en échange. Pourquoi pas…

Les omiyage √ Ok

À chaque fois que l’on part en voyage on doit ramener un cadeau typique de l’endroit que l’on a visité à sa famille et à ses collègues, parfois aussi à ses amis. À 99% c’est de la nourriture. Maintenant je maîtrise.

Okaeshi X Pas Ok

À chaque fois que l’on reçoit de l’argent lors d’un mariage, d’un enterrement, d’une naissance ou de tout autre évènement important, il est de coutume de rendre un cadeau en échange . Ce cadeau représente environ un tiers de la somme recueillie. D’accord c’est une façon de montrer sa reconnaissance, de faire plaisir à son tour et tout ça, mais je n’adhère pas au principe. Surtout que le cadeau reçu est souvent plus gênant qu’autre chose. Quand on reçoit 5 lots de serviettes de bain on ne sait plus quoi en faire.

Les cadeaux en argent Plus ou moins Ok

J’ai assez vite pris l’habitude d’offrir et de recevoir de l’argent. Au Japon l’argent s’échange pour toutes les occasions que ça soit entre les membres d’une même famille, entre amis, dans les milieux professionnels ou lors de fêtes religieuses et locales. Je ne suis ni choqué ni étonné dans l’immense majorité des cas mais parfois ça me fait tout de même bizarre. Il y a quelques jours ma femme et des amis sont allés voir une personne à l’hôpital. En cadeau ils ont apporté… une enveloppe avec de l’argent. Il faut savoir que dans la majorité des hôpitaux japonais on n’a même pas de place pour poser des fleurs près de son lit, mais quand même ça fait drôle.

À la maison

Laver son linge à l’eau froide √ Ok

Ça m’a étonné de voir que toutes les machines à laver ne fonctionnaient qu’à l’eau froide au Japon. Maintenant je me demande l’intérêt de laver à l’eau chaude.

Les poubelles à évier X Pas Ok

Mais alors pas ok du tout. Au Japon, dans chaque évier de cuisine est intégrée une espèce de poubelle, un peu comme les broyeurs intégrés dans les éviers américains mais totalement différent (!?). Franchement, laver sa vaisselle au-dessus d’une poubelle je trouve ça écœurant. Je ne pense pas m’habituer un jour.

La télé japonaise Plus ou moins Ok

Avant je trouvais ça très con. Maintenant je trouve ça très con mais marrant (quand je comprends).

Autre

Avoir plein de cartes √ Ok

Le Japon c’est le pays des cartes. Entre les cartes de visite, les cartes de fidélité de chaque magasin, les cartes bleues et les cartes de retrait de chaque banque et les cartes « de base » (permis de conduire, cartes de transport, carte de séjour) il faut pas mal d’organisation. On ne dirait pas comme ça mais ça demande de la technique et des accessoires divers pour s’y retrouver avec tout ça. Aujourd’hui j’ai un porte-cartes de visite (pour les miennes), un mini-classeur à cartes de visite (pour celles que je reçois), un petit portefeuille, et un clip à billets et cartes. Il faut juste savoir quoi prendre pour quelle occasion.

Risques naturels √ Ok

Séismes et typhons ont l’air impressionnants à la télé mais à moins d’être au mauvais endroit au mauvais moment lors d’un évènement exceptionnel ça n’est pas si hardcore que ça. Habitant sur une petite île coupée du monde je ne sais pas, mais à Tokyo en tout cas on se sent très en sécurité et après quelques secousses et un ou deux typhons on ne s’inquiète plus vraiment.

Les grèves √ Ok

Je ne vous cache pas qu’il faut de nombreuses années pour s’habituer à vivre dans un pays sans grèves, sans manifestations, et où les services publics et privés fonctionnent toujours parfaitement. Mais on s’adapte après un certain temps.

Acheter une voiture au Japon (c’est sympa)
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Acheter une voiture au Japon (c’est sympa)

Après plusieurs années au Japon il me reste encore énormément de choses à découvrir, et ma dernière expérience intéressante est l’achat d’une voiture. C’est la première fois que j’achète une voiture au Japon, et même connaissant la qualité du service dans ce pays j’ai été impressionné. J’avais déjà parlé du SAV excellent de Sony et au pour mon portable (et comme je l’avais prédit à l’époque j’ai racheté un Xperia) mais là on est encore un niveau au-dessus.

J’ai acheté un Toyota HIACE modèle Super GL, c’est un hybride entre utilitaire et voiture familiale. C’est, je pense, la voiture que l’on voit le plus à Tokyo. Il sert aussi bien aux professionnels qu’aux particuliers et peut être transformé en presque n’importe quoi (ambulance, mini-bus…) . Par contre il existe tellement de modèles différents et il y a tellement de façons de le personnaliser qu’on en voit rarement deux pareils.

Le récit trop détaillé de cet achat.

Comme nous avons peu de temps libre avec ma femme, nous faisons normalement nos achats sur internet. C’est pratique, à Tokyo on est souvent livré le jour même ou le lendemain. Mais pour une voiture on a dû trouver le temps de sortir. Nous sommes allés au Toyota City Showcase de Odaiba le samedi matin. C’est un endroit où l’on peut voir et essayer tous les modèles de voitures Toyota. Étant donné que c’est une voiture pour le travail avant tout je n’ai pas réfléchi longtemps sur le modèle, et je voulais juste voir si l’intérieur ne faisait pas trop « camion » car j’aime bien mon petit confort quand je roule. Le personnel sur place nous a parlé un peu de la voiture et nous a dirigés vers le concessionnaire le plus proche de chez nous pour passer commande. Entre parenthèses j’ai appris qu’au Japon les voitures Toyota étaient parfois vendues sous deux noms différents, d’un côté distribuées par Toyota (comme le HIACE) et de l’autre par un concessionnaire différent (comme le Regius, clone du HIACE). Les voitures sont très légèrement différentes, genre le bouton de la clim’ est carré à la place d’être rond, mais je ne vois pas vraiment l’intérêt du principe. Un jour je mènerai l’enquête.

On est arrivé chez le concessionnaire dans l’après-midi et nous avons tout de suite été pris en charge. Ça nous a pris plusieurs heures pour passer en revue toutes les options et modifications possibles de la voiture, et pour choisir ce qu’on voulait. Quand on est repartis, à 21h30, un samedi je le rappelle, le magasin était déjà fermé mais trois personnes sont restées pour nous accompagner dont le gérant du magasin. C’était vraiment agréable de faire cet achat car on ne s’est jamais sentis poussés à acheter quoi que ce soit, il n’y a pas de marchandage, de prix qui changent ni de calculs à la calculatrice toutes les 5 minutes. J’ai toujours l’impression de me faire enfumer quand on me sort des rabais de tous les côtés et qu’on me balance des « parce que c’est vous… ». Au Japon rien de tout ça, le commercial était vraiment là pour essayer de comprendre ce qu’on voulait et pour nous conseiller. En ce moment on achète aussi pas mal de meubles pour la nouvelle maison et le vendeurs sont hyper clean également, ils ne donnent pas l’impression de calculer leur commission dans leur tête en même temps qu’ils te parlent. Vous voyez sûrement ce que je veux dire.

Après ça la seule fois où l’on est retournés chez le concessionnaire c’est pour aller chercher la voiture. Nous avons revu le représentant 3 ou 4 fois pour signer des papiers ou transmettre des documents, mais c’est lui qui s’est déplacé chez nous à chaque fois. Même le dimanche ou tard le soir. Et régulièrement nous avions des updates par téléphone pour nous rappeler de faire telle démarche ou pour nous renseigner sur l’avancée de l’assemblage de la voiture. Les voitures Toyota sont assemblées au Japon, vers Nagoya, et ça fait toujours plaisir d’acheter du « made in Japan » aussi bien pour la qualité que pour participer à l’économie du pays. Au final la voiture a été livrée en moins d’un mois, je trouve ça plutôt rapide mais je n’ai pas de point de comparaison.

Le jour de la remise du véhicule était assez spécial. On est venu nous chercher à la maison dans une grosse berline haut de gamme de Toyota (une Crown) qui était super classe. Genre la sobriété qui en a sous le capot. Arrivés chez le concessionnaire on a fait le tour de la voiture et on nous a expliqué l’utilisation du moindre bouton, même les options du GPS, les conseils d’entretien etc. C’était plutôt long et inutile dans l’ensemble car l’Estima de mes beaux-parents n’est pas très différente, mais tout de même utile sur certains points. J’imagine que c’est très rassurant et appréciable surtout quand on n’a jamais roulé en Toyota. Ce qui m’a vraiment étonné c’est que tout le personnel du magasin et de l’atelier, à l’exception de deux filles à la réception, s’est arrêté de travailler pour nous saluer au moment du départ. Ils ont attendu 10 bonnes minutes alignés et se sont inclinés sur notre passage lorsque l’on se dirigeait vers la sortie. Du service VIP 5 étoiles.

Et le plus beau c’est que ça ne s’arrête pas là. Le représentant reste en contact avec nous pour nous informer de l’approche d’une révision ou de la disponibilité d’une MAJ pour le GPS et autres trucs du genre. D’ailleurs, même service excellent pour la révision, on vient carrément chercher ta voiture à domicile !

La plaque d’immatriculation

Au Japon on peut choisir son numéro de plaque, ça coûte juste quelques dizaines d’euros. Les numéros comme « 1 » ou « 777 » sont intouchables car trop de monde les veut et je crois que ça se vend entre particuliers. Mais pour le reste on peut s’amuser à choisir librement du moment que le premier chiffre n’est pas un zéro (dommage pour les fans de James Bond). J’ai choisi le numéro 42, la réponse ultime. On doit être environ une personne au Japon à comprendre cette référence… J’espère qu’on sera au moins deux sur Ici Japon.

Les autres premières fois

La première voiture c’est aussi la première assurance auto. Je n’ai pas de remarques à faire là-dessus, ça me paraît assez classique. Tous les assureurs ont l’air d’avoir les mêmes contrats à des tarifs très proches. Là encore le commercial s’est déplacé chez nous, mais c’est une connaissance de mon beau-père donc on a sûrement eu un traitement de faveur. Petite anecdote, mon assurance est Tokio Marine Nichido. Le mot « Marine » m’a interpellé. Au Japon les compagnies d’assurance sont très anciennes, surtout si je compare avec la France, et celle-ci a été fondée au 19e siècle. À l’époque les voitures se résumaient encore à un fauteuil en cuir posé sur un moteur avec trois roues de vélo, et l’assurance était destinée aux bateaux.

Autre première fois: ma première place de parking. À Tokyo, impossible d’acheter une voiture sans posséder de place de parking. Les places libres d’utilisation à tous n’existent pas.

Au final, vous l’avez compris, j’ai été très content de faire cet achat, et je suis tout autant satisfait du véhicule en lui-même. Ce genre d’aventure me rappelle sans cesse que j’ai de la chance d’habiter à Tokyo.

Ça m’a pris 4 ans pour réussir au Japon !
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Ça m’a pris 4 ans pour réussir au Japon !

Ce mois-ci ça fait juste 4 ans que j’habite au Japon. J’étais déjà venu plusieurs mois en touriste et même une année complète avec un visa vacances-travail (WH) mais ça fait 4 ans que je suis installé définitivement. Et ça y est, depuis quelques jours je me sens accepté par le pays. Je ne sais pas si « accepté » est un bon mot car je ne me suis jamais non plus senti rejeté jusque-là. Au contraire même j’ai toujours été bien accueilli et suis à Tokyo comme chez moi dès le départ, mais disons que j’ai enfin gagné la confiance des institutions. Je m’explique.

Lorsqu’on arrive dans un nouveau pays dans le but d’y faire sa vie c’est vraiment un nouveau départ. C’est d’autant plus vrai si on le fait comme moi, sans diplômes et sans argent en poche. Si vous n’avez pas lu mes aventures passionnantes relatées habilement au travers des messages de ce blog je rappelle que j’ai arrêté mes études de droit sur un coup de tête pour venir un an au Japon en WH . J’ai ensuite voyagé en Asie quelques années avec celle qui allait devenir ma femme avant de poser mes valises définitivement à Tokyo (un bref résumé ici).

J’exagère quand je dis qu’on n’avait pas du tout d’argent, on avait un peu de sous de côté, mais une fois payée l’installation à Tokyo avec notamment 5 mois « d’avance » pour l’appartement, les meubles et les achats indispensables (PC, portables, vélos etc.) il nous restait juste de quoi survivre. Pour tout dire on était même dans le rouge assez souvent. C’était surtout le cas les 6 premiers mois à Tokyo quand j’essayais de mettre au point une stratégie pour réussir dans la vie en pesant le pour et le contre des différents emplois envisageables et leur compatibilité avec la flexibilité dont j’avais besoin pour démarrer mon entreprise au Japon. Après avoir cherché du travail dans divers secteurs pendant un mois sans résultats satisfaisants je me suis retrouvé boulanger, un travail que je m’étais juré de ne plus faire après y avoir consacré environ deux ans en France (oui, avant des études de droit ça paraît bizarre mais j’ai un parcours assez spécial). Finalement ce travail que j’ai fait durant deux ans et demi n’était pas si mal. Déjà parce que j’étais très bon (par rapport aux autres) et que ça m’a permis d’avoir très vite un meilleur salaire et de venir au boulot sans stress, mais aussi et surtout car un métier manuel me laissait tout le temps pour penser à autre chose. Et toute la journée je réfléchissais à comment développer Ici Japon pour arriver à atteindre mes objectifs.

Pendant deux ans et demi j’ai bossé quatre ou cinq jours par semaine de 6h du matin à 17h, sans pause et avec deux heures de train en plus, et durant tout ce temps je prenais des notes et des notes et j’entassais les idées pour préparer l’avenir. Le soir je consacrais mon temps au blog d’Ici Japon et à la petite boutique du site. Les jours de congé je donnais des cours de français et faisais le guide en plus de travailler sur le site. Un rythme d’enfer donc. Et pareil pour ma femme ! De retour au Japon elle a repris des cours à l’université en même temps qu’elle travaillait puis a passé des concours et entretiens pour être maintenant enseignante. Avec le recul j’ai du mal à croire qu’on ait trouvé le temps de vivre une vie normale et d’avoir un enfant au milieu de tout ça.

Finalement j’ai atteint la première étape importante de mon parcours en octobre dernier alors que j’ai quitté mon travail en boulangerie pour me consacrer à plein temps à Ici Japon, avec la confiance d’en tirer des revenus satisfaisants et la sensation d’avoir créé une entreprise prometteuse. Fin 2013 – début 2014 était une excellente période. Après un peu plus de trois ans de gros efforts j’avais enfin la vie que je voulais, j’étais à mon compte, avec de bons revenus, je travaillais à la maison et pouvais profiter de mon fils, et ma femme avait un travail épanouissant elle aussi. On s’est lancé dans la construction d’une grande maison ce qui va nous permettre d’ici quelques mois de vivre confortablement et d’envisager d’agrandir la famille. Côté professionnel ça va me permettre de développer encore plus Ici Japon et tous les projets que vous connaissez.

Après tout ça j’étais évidemment heureux, satisfait et soulagé mais je ne me sentais pas encore « accepté » par le Japon. J’ai obtenu un visa non pas pour mes compétences mais parce que j’étais marié à une Japonaise. J’ai pu louer un appartement car le père de ma femme a prêté son nom pour que ça soit possible. J’ai pu construire une maison non pas parce que je travaillais dur mais parce que ma femme avait un travail fiable. J’ai eu une carte de crédit mais uniquement liée au compte de ma femme. J’avais un visa mais je devais le renouveler régulièrement et prouver que j’étais toujours marié. Bref je n’ai jamais rencontré d’obstacle infranchissable mais en réfléchissant sur ma situation je voyais bien que j’obtenais ce que je voulais parce que ma famille était japonaise et non pas grâce à mes efforts.

Mais récemment j’ai obtenu mon visa de résident permanent et c’était vraiment le premier signe que l’on me faisait confiance. Pour moi on me disait « Ok, tu bosses, tu ne fais pas de conneries, tu as prouvé que tu pouvais vivre plusieurs années ici sans histoires, bienvenue au Japon ! ». On travaille dur pour avoir une vie un peu plus confortable, pour réaliser ses projets, pour mettre sa famille à l’abri du besoin, mais ça fait vraiment plaisir quand le pays dans lequel tu veux vivre t’autorise à rester pour toujours. Finalement c’est une sacrée preuve de confiance.

Tout ça je ne l’ai pas réalisé tout de suite et j’y réfléchis plus en profondeur à mesure que je tape ces lignes en fait.

Mais ce n’est qu’il y a quelques jours que j’ai eu ce sentiment de réussite. J’ai acheté ma première voiture au Japon. Un utilitaire. Une voiture à mon nom que j’ai pu acheter tout seul avec un crédit uniquement à mon nom et sans garant. Comme un grand ! Dans la foulée Toyota m’a proposé de faire une demande de carte de crédit, et là encore aucun souci, j’ai enfin eu une carte de crédit obtenue grâce à mes propres revenus. Une Visa Gold en plus. Enfin j’ai l’impression que mes efforts ont payés, que toutes les portes sont ouvertes et que j’ai aujourd’hui réussi mon installation au Japon.

Alors quelle est la morale de cette histoire?

Tout le temps on entend que pour faire sa vie au Japon il faut de bons diplômes, dans des secteurs recherchés, et être surqualifié. Et c’est souvent vrai, je suis même le premier à le dire. Surtout en ce moment où les entreprises sont de plus en plus exigeantes et les étrangers qualifiés de plus en plus nombreux. Mais je suis aussi la preuve que l’on peut aussi réussir sans tout ça, et ça me paraît important de témoigner que l’on peut arriver là où l’on veut avec « juste » du travail et de la persévérance.