Tokyo by Night. Tout comme des centaines de milliers de personnes je redécouvre la ville dans laquelle j'habite en empruntant à pied des endroits où l'on ne passe généralement qu'en train ou en voiture. Au loin je vois que la tour la plus haute du pays, la Tokyo Sky Tree, est toujours debout.
Les gens n'ont pas seulement des casques, certains ont aussi des kits de survie. Je l'imagine contenir un plan de la ville, une lampe de poche et souvent on y devine aussi un casque d'après la forme.
Le séisme ne fait pas que des malheureux. Ici un magasin de vélo fait le plein de clients. Acheter un vélo au Japon prend du temps car il faut l'immatriculer et il est souvent équipé sur mesure (béquille, panier, antivol...). Les gens ont du attendre sacrément longtemps debout avant de pouvoir pédaler.
Un peu plus loin dans un magasin de surf cet employé n'a même pas essayé de rentrer préférant dormir sur place.
Ici une salle des fêtes a ouvert ses portes et des volontaires proposent aux gens d'utiliser les toilettes ou de leur indiquer la meilleure route pour rentrer.
Ce poste de police a été pris d'assaut. Je ne sais pas s'il sert de point de repos où si des gens inquiet espèrent pouvoir y contacter leur famille vivant dans les zones plus violemment touchées.
Tous les combini sont pleins. Ouvert 24/24h ils n'ont jamais été aussi pratique permettant aux gens de trouver un repas chaud et d'aller aux toilettes. Sur le parking des dizaines de personnes s'étirent en prévision des derniers kilomètres qu'ils leurs restent à parcourir
Il est 22h30. Après 4h de marche je retrouve mon vélo sur le parking de la gare. À cette heure ci le parking est normalement à moitié vide. Ce soir il est toujours plein. Beaucoup de monde ne rentrera pas ce soir ou alors bien plus tard.
Je retrouve ma femme chez ma belle famille. Seule à la maison lors du séisme elle a eu la peur de sa vie. En rentrant à l'appartement j'ai vu tous les tiroirs ouverts et les cadres photos renversés. Elle avait mis mon pc et mon matériel photo à l'abri sous la table du living. Aucun dégât sérieux chez nous. Chez mes beaux-parents par contre le pc de bureau a fait une belle chute et je ne sais pas s'il fonctionne encore.
L'heure qui suit je la passe comme des millions de personnes devant la télé. Les journalistes annoncent des tsunami partout au Japon et chaque 20 minutes une petite secousse se fait sentir.
Après la première secousse mon premier geste a été d’ouvrir mon téléphone portable. Je me doutais qu’il serait difficile de l’utiliser mais j’ai essayé quand même de contacter ma femme. Évidemment impossible de la contacter. Durant les grands rassemblements à Tokyo comme les feux d’artifice jusqu’à 200 000 personnes peuvent se déplacer et téléphoner en même temps et déjà là les communications deviennent difficiles, alors lorsque c’est tout un pays qui téléphone en même temps…
Puisqu’on parle de téléphone mentionnons que le système d’alerte n’a pas fonctionné cette fois ci et j’ai reçu mon premier message de prévention le lendemain du séisme.
J’étais en plein coup de bourre au boulot lorsqu’on a resenti les secousses. Et avec le temps perdu j’ai travaillé à une cadence de dingue durant les 3h qui ont suivi le choc. Difficile de se concentrer avec une grosse dose d’adrénaline qui circule dans le corps et les mains qui tremblent. Tout le monde était sous tension comme après un accident de voiture ou n’importe quel grand choc. Tout le monde regardait la télé sur son téléphone portable mais au magasin on a vite été débordé et personne n’avait vraiment le temps de suivre les infos. Ce n’est qu’après 18h en quittant mon travail que j’ai vraiment compris ce qui se passait. Avant ça je savais juste que Sendai avait été touché et que les trains étaient arrêtés à Tokyo. Une conséquence de l’arrêt des transports a apporté un gros afflux de clients qui ne pouvaient pas rentrer chez eux, ce qui a encore accéléré ma cadence de travail.
L’inquiétude a été plus forte avec la seconde secousse. Alors qu’on croyait l’évènement clos se faire toucher violemment à nouveau a rappelé à tous que les ondes de chocs pouvaient encore arriver. Et effectivement des secousses se sont faites sentir toutes les 20 minutes environ. Mais rien de comparable en intensité avec le premier choc.
Dehors tout le monde était inquiet mais personne n’a cédé à la panique et malgré la force du séisme les bâtiments ont très bien résistés à Tokyo. Même en marchant dans la ville quelques heures plus tard je n’ai vu que des dégâts superficiels. Rapidement la vie a repris son cours normal et seuls les bruits de sirènes au loin et le balais incessant des hélicoptères nous confrontaient à la réalité. Ça et les foules de personnes qui rentraient chez elles à pied faute de moyens de transport.
De l’avis de tous, personne n’avait jamais connu de séisme aussi violent.
Les prochains jours il va être difficile de parler d’autre chose que du tremblement de terre sur Ici Japon. Voici une liste des articles publiés sur le blog ainsi que quelques chiffres clés (lisez les commentaires pour avoir les dernières infos):
Magnitude du tremblement de terre
9.0 – Le plus fort jamais enregistré au Japon, sans équivalent depuis 1900
Zones touchées
Toutes les côtes du Japon du nord au sud sans exception. La côté Est et le nord sont les plus touchés avec des tsunamis de parfois plus de 10m de haut.
Bilan provisoire des victimes
Le 27 mars: aumoins 27 000 morts et disparus (10 400 morts confirmées)
Centrale nucléaire de Fukushima
L’accident est classé au niveau 6 sur l’échelle de gravité internationale qui en compte 7.
J’étais au travail lorsque le tremblement de terre est survenu un peu avant 15h à Tokyo. J’avais mon nouvel appareil photo pas loin et j’ai pu filmer une bonne partie des deux grosses secousses qui ont frappé. Contrairement aux secousses « classiques » que l’on ressent régulièrement au Japon celles-ci se démarquaient par leur intensité mais aussi par la longueur. Alors que les petites secousses durent généralement quelques secondes, 20 à 30 secondes au maximum, celles du 11 mars ont duré plusieurs minutes, facilement 3 minutes pour la première et presque autant pour la seconde.
3 minutes c’est très long durant un tremblement de terre, d’autant plus que l’intensité du tremblement n’allait pas décroissante mais restait régulière. On ressent un peu la même sensation que sur une montagne russe sauf qu’on ne sais pas quand ça va s’arrêter et on n’est pas sûr de s’en sortir indemne. Ceci dit j’étais plus excité que réellement effrayé et quelque part content de vivre quelque chose d’exceptionnel. Sur le coup je n’ai pas pensé une seule seconde que le tremblement de terre était encore plus violent ailleurs et allait faire des centaines ou milliers de morts. D’ailleurs malgré l’état de surprise et d’angoisse des personnes autour de moi il n’y avait pas de panique et tout le monde était relativement détendu, riait même parfois. Peut-être des rires nerveux?
J’ai pris deux vidéos, une durant chaque grosse secousse à environ 30 minutes d’intervalle. Je suis resté à l’intérieur pour la première accroupi derrière un plan de travail à côté d’une poubelle. Pour la seconde j’ai tenté une sortie dans a rue.
Du coup vous allez découvrir mon second travail au Japon à côté du site. Dommage je comptais vous faire chercher à l’occasion un concours. Je suis boulanger dans le quartier français de Tokyo. La boulangerie n’est pas le lieu le plus sûr pour vivre un tremblement de terre, il vaut mieux travailler dans un magasin qui vend des oreillers.
Personne n’a été blessé mais ça aurait pu. Dès les premières secondes par exemple notre machine à frire a déversé des litres d’huile bouillante dans l’air et heureusement que personne n’était à côté.
J’étais dans le magasin avec 3 filles. Dès le début de la première secousse leur réaction a été parfaite. Celle qui se trouvait à l’arrière avec moi a tout de suite coupé l’alimentation des machines et le gaz et a refermé comme elle pouvait le bac à friture. Les deux filles à la vente ont descendu les gros pains en hauteur et se sont abritées derrière le comptoir. Pendant se temps mon premier réflexe a été d’aller chercher mon appareil photo en espérant avoir le temps de prendre quelques secondes de vidéo. Encore une fois je ne pensais pas que le tremblement de terre était si dévastateur et je me disais que je ne risquais pas grand chose pour autant que je fasse attention à ce que rien ne me tombe dessus.
C’est la fille qui travaille avec moi à l’arrière qui m’a tiré par le col pour que je m’abaisse derrière un meuble. Je connais les consignes de sécurité, je vous en ai même parlé cette semaine mais dans le feu de l’action on ne sais pas vraiment quoi faire. Se protéger derrière quelque chose? Sortir dans la rue? Trouver un bon angle pour filmer?
Pour la première secousse j’ai opté pour l’option « à l’abri » et de toute façon dès que je bougeais j’avais 3 filles pour me rappeler à l’ordre. Pour la seconde secousse je suis sorti.
La différence entre l’intérieur et l’extérieur est énorme. À l’intérieur tout bouge et on ressent vraiment les secousses. À l’extérieur par contre on ne sent pas le tremblement et on ne voit presque rien bouger. Par contre on entend des bruits de chocs qui viennent de tous les bâtiments alentours et tout le monde dans la rue s’immobilise et silence. Je suis un peu déçu par les vidéos que j’ai prise car on voit presque pas la force du tremblement.
Tout le monde réagissait différemment. Certains étaient en larmes alors que d’autres semblaient à peine surpris. Aucune panique en tout cas. À peine la seconde secousse passée un client est entrer acheter son pain que si de rien n’était. Lorsqu’il s’est présenté au comptoir pour payer les filles étaient encore accroupies derrière.
Merci à tous pour vos nombreux messages de soutient.
Si vous avez quelques minutes amusez-vous à retrouver les dizaines de petits détails qui rappellent le Japon et sa capitale sur cette représentation humoristique d’un Tokyo du futur plutôt étrange.