10 ans d’aventure
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10 ans d’aventure

Je n’avais pas réalisé, mais ça fait déjà plus de 10 ans que j’ai quitté la France. À l’origine j’étais parti prendre un mois de cours d’anglais au Canada, et voilà que je me retrouve au Japon avec femme et enfant à vendre des bonbons sur internet (hop un peu de pub en passant).

Il s’en est passé des choses en 10 ans. J’ai habité dans quatre nouveaux pays et voyagé dans pas mal d’autres, j’ai étudié l’anglais, le japonais, le chinois et le droit, j’ai rencontré des gens de presque tous les pays du monde, j’ai connu des températures allant de -30°C à +50°C, j’ai mangé des choses impensables comme des scorpions ou des cœurs de poulets, j’ai vu des choses superbes et des choses horribles, j’ai trouvé la femme de ma vie, je suis devenu papa, et je ne me suis pas ennuyé une seule minute.

Pour une fois j’ai envie de partager ces 10 ans d’aventure, et j’espère sincèrement que ça décidera certaines personnes à voyager. Il suffit de faire le premier pas pour découvrir que le monde est génial, que la vie est géniale, alors partez à l’aventure vous aussi!

J’ai fait une petite compil de photos réunies en une seule grande image (bon courage pour l’afficher). Au départ je voulais faire un top 100 mais c’était trop dur de choisir parmi plus de 100 000 clichés et au final j’ai choisi près de 200 photos. Je vous donne déjà rendez-vous dans 10 ans pour un nouveau récapitulatif en images, encore plus intéressant je l’espère.

Cliquez pour voir la mosaïque en entier

Tev, comment tu fais pour habiter au Japon?
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Tev, comment tu fais pour habiter au Japon?

question-dice Depuis que j’ai ouvert Ici Japon et encore plus depuis la création du blog je reçois beaucoup de questions sur mon parcours et ma vie personnelle. J’essaye de répondre dans la mesure du possible mais comme ça devient difficile je vais commencer à répondre sur le blog aux questions qui reviennent fréquemment, étant donné que ça a l’air d’intéresser du monde et que ça m’évitera d’écrire sans arrêt le même message je pense que c’est une bonne idée. Arrêtez-moi si je me trompe.

La question qu’on me pose le plus souvent c’est “comment tu fais pour habiter au Japon?”, ou “comment je peux faire pour habiter au Japon?”.

Pour faire sa vie au Japon je connais deux grandes solutions.

La première est de trouver un travail au Japon et d’obtenir un visa de travail qui sera renouvellé le temps de votre contrat qui peut durer des dizaines d’années. Mais attention ça n’est pas facile d’obtenir un visa de travail pour le Japon. Il faut pour cela trouver un travail dans une entreprise qui est capable de vous sponsoriser pour l’obtention du visa et aussi rencontrer certaines conditions comme pourvoir justifier d’un niveau Bac + 3 ou de plus de 10 ans d’expérience dans le domaine où vous allez travailler. Trouver du travail dans une grande compagnie japonaise c’est difficile sans avoir de bons diplômes, de l’experience et sans parler japonais. Surtout ces derniers temps ou c’est devenu presque même impossible. La meilleure solution est de trouver un emploi depuis votre pays dans une compagnie qui pourra vous envoyer au Japon. Là encore la clé c’est un bon diplôme. D’autres tentent leur chance directement au Japon, en prenant par exemple un visa vacances-travail d’un an et en espérant trouver quelque chose durant cette période. Ça peut marcher mais pas pour tout le monde. Surtout si vous débarquez au Japon sans connaître le pays ni la langue.

La seconde solution c’est d’avoir un conjoint japonais ou qui a un visa lui permettant de vivre au Japon. Je suis dans ce cas puisque ma femme est japonaise. Si j’habite au Japon c’est totalement par hasard. J’aime ce pays mais jamais je n’aurais pensé y vivre. Mon but était à l’origine de voyager à travers le monde et de découvrir le plus de chose possible, et c’est vraiment le fait d’avoir rencontré une japonaise qui préfère vivre à Tokyo qui fait que j’habite au Japon.

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J’ai déjà un petit stock de questions à répondre mais n’hésitez pas à m’en poser d’autres par message privé sur le Forum ou en commentaires sur le blog. Pas forcement sur ma vie privée mais aussi sur la vie au Japon en général ou d’autres côtés du Japon qui vous intéressent.

Une vie de voyages – Mode d’emploi (1)
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Une vie de voyages – Mode d’emploi (1)

Suite à la petite compil’ de photos sur mes 10 ans de voyages j’ai reçu pas mal de messages. À notre manière on rêve tous d’aventure et les personnes qui veulent parcourir le monde sont nombreuses. En gros on m’a demandé comment je faisais pour voyager à droite et à gauche, comment je pouvais habiter dans d’autres pays, où je trouvais l’argent, quelles sont les qualités dont on a besoin à l’étranger etc. On va essayer de voir un peu tout ça dans une série d’articles.

Premièrement il faut savoir que mon cas n’est pas exceptionnel. J’ai rencontré des centaines de personnes qui parcouraient le globe ou qui habitaient à l’étranger depuis plusieurs années et chacune d’entre elles avait un parcours différent. Pour vivre une vie de découvertes vous pouvez aussi bien être un riche ex-patron qui fait un tour du monde de plusieurs années avec sa famille après avoir revendu son entreprise, qu’un hippie qui voyage à pied et gagne quelques sous en jouant de la guitare sur les trottoirs. Ce sont des exemples extrêmes mais c’est pour dire que tout le monde peut partir.

J’ai été assez marqué par le pessimisme de certains messages du genre “c’est impossible pour moi”, “c’est un rêve que je ne pourrai jamais réaliser” etc. Bon ok, les Français sont connus pour être les plus pessimistes du monde, mais tout de même. Ça me paraît important de savoir rester optimisme sur son avenir, pouvoir s’imaginer dans 10 ans et imaginer une personne épanouie qui a plein de choses à raconter et encore plein de projets à réaliser. D’ailleurs ne parlez jamais de “rêves”, parlez de “projets”. Un projet c’est quelque chose de concret qui peut aboutir si on fait des efforts. Un rêve reste généralement un rêve. Quand j’avais 20 ans je voulais être parfait à 30 ans. Ma définition de l’homme parfait à l’époque c’était quelqu’un qui a tout vu, tout appris et tout vécu. Évidemment petit à petit je me suis rendu compte que plus on fait de choses et plus on comprend que l’on a encore tout à faire. Si je vous dis ça c’est parce que la qualité qui me semble la plus importante pour vivre la vie que l’on veut c’est la capacité de se projeter dans l’avenir. Pas forcément avoir un objectif précis mais savoir quelle personne on veut devenir, ou même tout simplement vouloir devenir une meilleure personne, avoir envie d’apprendre et de découvrir pour devenir une personne plus complète. C’est cette volonté qui selon moi nous pousse à faire le premier pas dans la bonne direction.

Une seconde chose qui me paraît importante dans la vie en général, et encore plus quand on veut partir à la découverte du monde, c’est d’avoir une certaine faculté à relativiser les choses et à avoir confiance en demain. La vie est une succession de galères, de petits pépins et de grosses emmerdes. Et alors? La vie c’est difficile mais c’est pas grave. Les humains ont de la chance, ils ont été programmés de sorte à se rappeler uniquement des bons moments et même à transformer les pires galères en bons souvenirs ou en moments de fierté. En cas de coup dur il faut savoir se dire “de toute façon dans quelques années je ne m’en rappellerai même plus”. En gros ça n’est pas parce que vous vous sentez incapable de faire quelque chose que vous êtes réellement incapable de le faire, ou que vous serez incapable de le faire demain. C’est une question d’état d’esprit. Apprenez à aimer votre vie actuelle et essayez de la rendre encore plus riche. Ayez confiance en vous parce qu’on est tous capable de beaucoup. J’ai l’impression de sonner comme un gourou en disant ça, mais pour moi réussir sa vie c’est d’abord un état d’esprit. Personnellement je ne suis pas particulièrement optimiste sur l’avenir de l’humanité, mais j’ai toujours été très optimiste sur mon propre avenir, j’ai toujours pensé que j’étais chanceux, et j’ai toujours considéré que je pouvais réussir n’importe quoi. Bref je positive, je relativise.

Je pourrais en fait vous expliquer ma philosophie de la vie grâce à deux citations de deux grands penseurs: “Vis comme si tu devais mourir demain. Apprends comme si tu devais vivre toujours” de Ghandi, et “Hakuna Matata” de Timon.

Je vous propose une petite expérience pour savoir si vous avez cette capacité à vous projeter dans l’avenir de façon positive. Si vous êtes seul(e) baissez la lumière, calez-vous dans votre fauteuil, votre lit ou votre siège de toilette. Détendez-vous et fermez les yeux. Imaginez-vous dans quelques mois en train de planter votre tente en haut d’une montagne près d’un gros rocher à l’abri du vent, de plonger au milieu des dauphins dans une eau turquoise, de tailler votre chemin à la machette dans la jungle avec une boussole autour du cou, de faire une course de trottinette tout terrain dans la forêt avec des amis, de conduire une jeep dans le désert à la recherche d’un point d’eau, de descendre les rapides du Grand Canyon en rafting, ou de parcourir la Route 66 en solitaire sur une Harley. Faites ça durant quelques minutes sur une musique à la fois planante et dynamique. Si vous en redemandez c’est que vous êtes fait(e) pour voyager.

La suite bientôt…

Tev, combien ça coûte d’habiter au Japon?
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Tev, combien ça coûte d’habiter au Japon?

question-dice Vous êtes nombreux à vouloir partir au Japon et une question qu’on me pose souvent juste après “comment faire pour aller au Japon?” est “combien je vais dépenser par mois?”. J’ai déjà eu l’occasion d’aborder la question du budget nécessaire pour un voyage mais je n’ai jamais parlé de combien ça coûtait de vivre au Japon. En espérant que ça éclaire du monde voici en gros mes dépenses mensuelles, enfin nos dépenses avec ma femmes car il est difficile de séparer les deux:

Note: cet article date de 2011 et ne reflète plus ma situation actuelle mais les informations restent de bons indicateurs.

Loyer: ¥110.000 (environ 1000€).

Je précise tout de suite que j’habite à Tokyo et que le loyer est moins élevé dans les autres villes du Japon ou dans les préfectures proche de la capitale.

Pour ce prix j’ai un appart’ de 60m² ou 70m² (je ne sais plus) de type 3LDK, c’est à dire 3 pièces + 1 pièce Living/Dining et une cuisine séparée. C’est plutôt spacieux et c’est un bel appartement, une bonne affaire pour Tokyo. Mais il faut savoir que même si j’habite à Tokyo j’habite dans un quartier assez éloigné du centre et je suis situé en bordure de voie ferrée ce qui fait baisser le prix. En plus le propriétaire est une connaissance de ma belle-famille et il nous fait un prix car le loyer d’origine était de 120.000 yens.

Le loyer est donc un poste de dépense très important à Tokyo. Au minimum il faut compter 70.000 yens (un peu plus de 600 euros) pour un petit appartement avec une chambre et une pièce de vie.

Frais liés au logement: entre ¥5.000 et ¥8.000 (45€ à 70€)

Là dedans je comprends l’eau, le gaz et l’électricité. C’est l’électricité qui coûte généralement le plus cher avec la clim en été et le chauffage en hiver qui se fait généralement à la climatisation inversée. Évidemment ce budget varie énormément d’un foyer à l’autre. Ma femme et moi faisons attention à notre consommation et nos appareils électroménagers et climatisations sont basse consommation.

Forfaits: ¥10.000 (90€)

C’est à peu près ce qu’on paye à deux avec un abonnement internet (¥3.000) et un abonnement téléphonique chacun à environ ¥3.000 aussi.
Nous utilisons des portables “classiques” et un abonnement pour smartphone coûte environ ¥6.000 par mois soit le double.
Pour internet également nous avons un abonnement de base (fibre optique tout de même) mais les abonnements comprenant un bouquet de chaînes télévisées coûtent près du double (Et c’est tentant pour les chaînes américaines comme National Geographic ou Discovery).

Transport: ¥10.000 par personne (90€)

Ça varie d’un mois à l’autre mais on est jamais très loin de ce chiffre. Par transport j’entends le train, le métro et le parking à vélo. Exceptionnellement un peu d’essence dans la voiture familiale ou un petit trajet en taxi.

Assurances et santé: ¥23.000 (200€)

C’est ce qu’on paye pour deux et ça se présente sous la forme d’un pack complémentaire santé, assurance vie et plan d’épargne. Ma femme paye en plus ¥10.000 par mois de cotisation retraite. La complémentaire santé est très vivement conseillée, au Japon encore plus qu’ailleurs.

Nourriture: ¥15.000 (135€)

C’est une estimation mais qui est peut-être loin du chiffre réel. Nous avons pas mal d’avantages là dessus pour tout un tas de raisons et je pense qu’un couple “normale” dépense facilement le double.

Si on fait les comptes ça nous donne pour deux environ ¥195.000, disons ¥200.000 pour ne pas chipoter (environ 1.800€). Évidemment là dessus il faut rajouter les sorties, loisirs et achats divers. Je traiterai le sujet du coût des loisirs à part.

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Quelques nuances (partie 1)

Ceux qui prévoient de faire leur vie au Japon doivent s’attendre aussi à d’autres dépenses très importantes. L’éducation des enfants coûte extraordinairement cher au Japon, et posséder une voiture n’est pas donné non plus.

Outre les dépenses mensuelles il faut compter un budget sérieux pour pouvoir emménager au Japon. Entre tous les mois de caution, frais d’agence, “cadeau au propriétaire” et bien sûr ameublement sans oublier tous les frais comme le changement de la serrure et d’autres petites choses on atteint vite de grosses sommes. 10.000€ pour bien débuter ne sont pas de trop. J’en parlerai sûrement plus en détail dans un nouvel article.

Quelques nuances (partie 2)

Si vous venez au Japon pour une courte durée, en working-holiday par exemple ou en tant qu’étudiant. Toutes ces dépenses ne sont peut-être pas nécessaires. En faisant attention on peut sûrement s’en sortir (seul) pour 1.000€ par mois en vivant dans une guest-house pas chère et faire encore des économies en choisissant l’option dortoir ou en partageant sa chambre ou son appartement avec quelqu’un. Enfin là on parle plus de “survie au Japon” que de “vie au Japon”.

Quelques nuances (partie 3)

Enfin il me paraît important de préciser que le coût de la vie est cher au Japon mais les salaires sont proportionnellement élevés et le pouvoir d’achat des japonais est certainement parmi les premiers du monde (le premier?). N’oublions pas non plus que le yen est élevé en ce moment ce qui donne des prix en euro un peu plus costauds.

Suivez mes aventures au Japon

Vivre à l’étranger: France vs Japon vs Chine vs Canada (9)
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Vivre à l’étranger: France vs Japon vs Chine vs Canada (9)

Incivilités

Jeter un papier au sol, écraser sa cigarette sur un rebord de poubelle, se garer sur une place réservée, tous ces petits gestes simples du quotidien facilitent la vie… en pourrissant celle des autres.
Vous savez que dès que l’on parle de respect et de propreté le Japon fait presque figure de paradis, et vous devinez déjà quel pays va se trouver en haut du classement. Mais la différence avec les autres pays est-elle si importante?

Pour être plus clair je pense que l’on peut diviser les mauvais comportements en trois catégories: les incivilités envers les lieux publics, les incivilités envers les organismes et les incivilités envers les personnes.

Les incivilités envers les lieux publics

Les dégradations et les actions qui salissent les lieux publics sont probablement ce qui se remarque le plus. La vie en société est une chose particulièrement difficile car chaque action d’une personne peut avoir un impact sur une autre personne. Quand on parle d’incivilités, ou même de micro-incivilités, elles peuvent importuner ou agacer fortement lorsqu’elles sont répétées des milliers de fois.

La Chine a sa propre conception de la vie en société et on peut la résumer en une seule règle: “Chacun pour soi”. Pour un pays communiste c’est un peu un comble. Attention dans les grande villes comme Pékin, Shanghai et Hong Kong les gens adoptent un comportement de plus en plus irréprochable. L’arrivée des J.O. de 2008 a entraîné un pas de géant en matière de propreté, surtout à Pékin, avec l’instauration de règles et de sanctions contre les jets d’ordures et les crachats dans la rue. Ailleurs en Chine par contre c’est la jungle. Ça fait déjà plus de 4 ans que je suis parti est la situation s’est sûrement un peu améliorée car le gouvernement fait beaucoup d’efforts là-dessus mais je garde de la Chine l’image d’un pays où l’on marche sur les détritus et où l’on te crache devant les pieds à chaque pas. Pourtant les villes chinoises pourraient être propres très facilement. Là où j’habitais, à Shenyang, il y avait des poubelles publiques à chaque coin de rue, et le personnel de la ville ramassait sans cesse les ordures. Seulement le temps qu’ils nettoient jusqu’en haut de la rue, le bas de la rue était déjà de nouveau dégueulasse.

En Chine, dans un train entre Shenyang et Harbin en 2008

En France on remarque aussi pas mal de détritus au sol, et la particularité nationale que sont les crottes de chiens. Mais comparé à la Chine les rues sont vraiment très propres. Ce qui choque par contre en France, et que l’on ne trouve pas en Chine ce sont les dégradations volontaires. Que l’on parle de petites incivilités comme le fait d’écraser sa cigarette sur une poubelle en plastique, ou de vandalisme comme rayer les vitres dans les trains, endommager les cabines téléphoniques ou faire des tags moches je pense que la France, et particulièrement à Paris, atteint des sommets. Non seulement ça nuit fortement à la qualité de vie mais en plus ça coûte extrêmement cher au contribuable. Il y a beaucoup de pays dans le monde où les dégradations sont extrêmes et en France la situation est loin d’être la pire, mais généralement les dégradations sont le fait du temps et d’un usage intensif. En France on arrive à avoir des installations à la fois neuves et détériorées.

À cela s’ajoute un autre problème non négligeable, surtout à Paris encore une fois, l’entretien et les réparations sont d’une lenteur incroyable. Faute de moyens plus que de volonté ou de compétence certainement. Pour tout cela, à mon avis le niveau de stress engendré par les incivilités envers les lieux publics est particulièrement important en France car la majorité des personnes respecte les règles et ne demande qu’à vivre dans un endroit propre, on a l’impression de subir injustement le comportement des autres chaque jour .

Au Canada on est agréablement surpris comparé à la France. Les incivilités existent et se remarquent mais sont bien plus rares. Les villes paraissent plus propres et généralement les installations fonctionnent. On note souvent l’usure du temps sur les bâtiments ou sur les routes, mais des mauvais comportements de l’homme la seule chose qui irrite un peu sont les déchets un peu trop présents dans certaines grandes rues.

Le Japon enfin devrait être le modèle à suivre. Les dégradations sont quasiment inexistantes et, malgré l’absence de poubelles publiques ailleurs que dans les stations de trains ou devant les combinis, les déchets dans les rues sont très rares et plus souvent dus aux corbeaux qu’aux hommes. Au contraire même des groupes de volontaires se forment pour nettoyer les rues, et beaucoup de personnes entretiennent spontanément le morceau de rue devant leur entrée. On assiste même parfois à des scènes étonnantes de grands-mères à quatre pattes en train de couper au ciseau l’herbe qui dépasse de la grille autour des arbres. En bientôt 5 ans passés au Japon j’ai dû voir seulement 4 ou 5 fois une crotte de chien par terre. Ici les propriétaires de chiens se déplacent avec un petit sac pour les déjections, mais aussi avec une bouteille d’eau pour nettoyer l’urine.

Les incivilités envers les organismes

Il y a deux jours passait sur le JT de France 2 un reportage sur les gens qui utilisent les transports en commun sans payer. J’ai été étonné de voir le nombre de resquilleurs en France. Surtout que c’était vraiment Monsieur et Madame Tout-le-Monde qui avouait ne pas payer régulièrement. Je ne sais pas si c’est le manque d’habitude mais quand j’ai vu cet hiver des gens passer au-dessus ou en-dessous des tourniquets à Paris ça m’avait choqué. En gros ceux qui payent leur place payent aussi celle des gens qui voyagent gratuitement. Mais ça ne s’arrête pas à ça. En France on ressent clairement une certaine forme d’irrespect envers les institutions, envers la police par exemple, envers le code de la route aussi, et envers l’autorité en général. La situation n’est pas non plus désastreuse et je dis ça surtout en comparant avec le Japon. Je ne suis pas un spécialiste mais j’ai l’impression qu’en France on enlève trop de libertés, on cherche trop à encadrer n’importe quel comportement, et du coup on obtient l’effet contraire de celui recherché. Sur la route par exemple les Français se plient de plus en plus aux règles de vitesse mais c’est vraiment sous de grosses contraintes. En Allemagne on laisse des espaces de liberté aux automobilistes (pas de limitation) et lorsque les limitations de vitesses sont appliquées le conducteur comprend que c’est nécessaire et les respecte sans rechigner. Au Japon on laisse une marge assez importante au-dessus des limitations de vitesse mais le respect de la signalisation en ville est plus observé. On a l’impression que la France manque de souplesse et de capacité d’adaptation dans l’imposition des règles.

En Chine la situation est totalement différente d’une ville à l’autre. À Pékin les automobilistes sont très respectueux des règles mais dans d’autres villes il pourrait ne pas y avoir de feux de signalisation et de passages piétons ça serait la même chose.

Une fois encore le Japon pourrait servir d’exemple car les Japonais et l’attitude rebelle font deux. Les resquilleurs sont rares, j’ai dû en voir seulement deux depuis que je suis à Tokyo et les contrôles deviennent même presque inexistants. Même dans les supermarchés on ne voit pas de portiques de sécurité et certains articles se trouvent même de l’autre côté de la caisse donc on fait vraiment confiance aux clients. Attention rien n’est parfait, en dehors des villes on peut voir par exemple des “gangs de motards”, les bôsôzoku, qui se rassemblent pour faire du bruit dans la rue et narguer la police. Mais il s’agit le plus souvent de jeunes de 15 ou 20 ans qui ont l’air de saints à côté des Hells Angels.

Au Japon on respecte les règles de vie en société

Quant au Canada, encore une fois je le situe dans la moyenne. Ça n’est pas un pays utopique mais on y remarque moins de mauvais comportements qu’en France et le sentiment de sécurité y est plus grand que dans beaucoup d’autres pays industrialisés.

Les incivilités envers les personnes

Commençons par la Chine cette fois. Incontestablement le respect de l’autre n’est pas la première valeur inculquée aux enfants chinois. Ça change mais on part de très loin. Je pourrais vous citer des dizaines d’exemples qui montrent à quel point les Chinois adoptent un comportement qui a l’air égocentrique pour la majorité des étrangers. Par exemple si seulement deux personnes attendent un bus qui arrive presque vide, elles n’hésiteront pas à se pousser pour rentrer en premier. Dans certaines villes les voitures accélèrent pour passer juste devant un piéton qui traverse la route, même à quelques centimètres, plutôt que de perdre 10 secondes à freiner. En Chine c’est “Un contre tous, et tous contre un”.

En France comme au Canada on remarque finalement assez peu de comportements déplaisants envers les personnes. Les gens ne sont pas toujours aimables mais pas franchement impolis non plus. En France il y a parfois de mauvais échanges de regards et des bousculades (et pas seulement à Paris) que l’on ne retrouve pas au Canada où les gens paraissent moins agressifs, mais d’un autre côté La France est aussi le pays où les gens se lèvent le plus facilement dans les transports en commun pour céder leur place à une personnes âgée ou une femme enceinte.

À Montréal au Canada on se promène avec sérénité

Au Japon les gens restent toujours discrets et polis envers les autres. Je le dis souvent mais c’est vraiment un pays dans lequel on a le sentiment d’être en sécurité et où on pense que rien ne peut nous arriver. L’incivilité envers les personnes n’est pas un problème au Japon et décidément le mot “incivilité” ne semble pas du tout correspondre à ce pays.

Mon classement

Sans surprise je classe le Japon premier haut la main sur ce thème mais le Canada s’en sort très bien aussi. On notera que le Canada est le pays où l’immigration est la plus importante (1 Canadien sur 5 est né a l’étranger, et à Montréal c’est un tiers des habitants qui sont des immigrés) mais que les incivilités sont peu nombreuses. Comme quoi faire un lien entre les deux phénomènes comme on le fait souvent en France n’est pas si simple. En France on se rend compte que les incivilités les plus marquantes sont dues à une faible minorité de personnes mais elles sont tellement visibles, si peu condamnées, et réparées si lentement que l’on se sent prisonnier dans un pays en délabrement continu. Je parle souvent de Paris car les dégradations y sont très visibles mais on est confronté à des incivilités sur tout le territoire. Je n’ai jamais vu autant de crottes de chiens que dans le premier arrondissement de Lyon et je n’ai jamais été autant agressé physiquement ou verbalement qu’à Rouen par exemple (Ça fait longtemps, dites-moi si ça a changé). Enfin en Chine il y a encore tout à faire mais il y a une bonne nouvelle, les choses changent vite et la situation a déjà bien évolué dans les grandes villes.

1. Japon
2. Canada
3. France
4. Chine

Même classement que pour le confort de vie.

Tev, qu’est-ce qui te manque au Japon?
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Tev, qu’est-ce qui te manque au Japon?

question-dice Depuis que je vous ai encouragés à me poser des questions sur la vie au Japon, mon parcours ou tout ce qui touche le pays du Soleil Levant je reçois pas mal de messages privés ou d’e-mails et j’ai déjà un bon stock de questions à répondre (continuez à en envoyer quand même). Je ne promets rien mais je vais essayer de garder le rythme d’une réponse chaque week-end entamé il y a deux semaines.

Ces derniers temps j’ai pas mal parlé de chocolat et de camembert et des lecteurs du blog m’ont demandé si la nourriture me manquait tant que ça ou s’il y avait d’autres choses qui me manquaient au Japon.

C’est vrai que la nourriture est la chose qui manque le plus. Au début c’est assez facile, la nourriture japonaise est bonne et même dans tous les pays où je suis allé j’y ai toujours trouvé des choses excellentes. Au bout d’un certains temps quand même il y a des choses qui manquent. Le fromage et le chocolat, tout comme le pain, sont des choses que l’on trouve au Japon mais à des prix plutôt élevés. Plutôt que de manque je parlerais de frustration de devoir payer un pot de Nutella ou du camembert une fortune et de ne pouvoir en manger qu’à l’occasion.

Mais ce qui me manque surtout en nourriture au Japon ce sont tous les trucs congelés ou en boîte qu’on peut se préparer facilement en France. Une boîte de cassoulet, des steak hachés 100% bœuf, des cordons bleus etc. Toutes ces choses bonnes et faciles à cuisiner (ou plutôt réchauffer) ne se trouvent pas du tout au Japon. Ça c’est vraiment dommage. Il y a de bons plats congelés au Japon aussi mais les goûts sont totalement différents. Les conserves, elles, sont presque inexistantes pour les plats cuisinés (pas de cassoulet, ni de chili, ni de raviolis, ni de paella, ni de couscous etc.). Et se faire envoyer des trucs comme ça au Japon, bonjour le prix des frais de port.

Paradoxalement la nourriture d’autres pays me manque aussi. Ayant passé pas mal de temps au Canada par exemple je rêve de manger une bonne poutine ou du popcorn arrosé de Becel, et la nourriture pas chère dans la rue de Chine ou d’Inde par exemple me manque aussi. Mon idéal serait un pays dans lequel on puisse manger facilement toutes les nourritures du monde. Le plus drôle c’est que quand j’étais plus jeune je n’attachais aucune espèce d’importance à la nourriture et que maintenant c’est presque devenu une raison pour voyager. Si j’avais les moyens je ferais un aller-retour à Montréal juste pour manger un sandwich au café Santropol.

À côté la nourriture il ne me manque pas grand chose. À part trouver des vêtements et chaussures à ma taille, et aussi l’humour français. C’est tout con mais les conversations entre Français avec de vannes toutes les deux phrases c’est un côté qu’on regrette de ne pas retrouver à l’étranger.

Pourquoi je n’ai pas envie de retourner en France
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Pourquoi je n’ai pas envie de retourner en France

Le Japon est propre – Le Japon est un pays sûr – Le Japon est un pays moderne – Les Japonais sont aimables et respectueux – Les espaces publics au Japon sont bien entretenus – Les trains japonais sont toujours à l’heure – Les Japonaises sont mignonnes, féminines et portent des mini-jupes même en hiver – Il n’y a pas de grève au Japon – Le Japon est un pays magnifique – Les combinis japonais sont ouverts 24h/24 – Au Japon le client est vraiment roi – Au Japon les toilettes publiques sont propres.

Voilà pour la liste non exhaustive des bon côtés que l’on remarque tout de suite au Japon. Ce sont toutes ces petites choses qui rendent le pays agréable aux touristes, et encore plus agréable à ses habitants. Si je devais résumer tout cela en une phrase je dirais que le Japon est un pays sans source de stress inutile. Évidemment même au Japon on peut être très stressé à cause de son travail, de ses études ou à cause des relations que l’on entretient avec telle ou telle personne. Mais on ne ressent pas, ou très rarement, toutes ces mini-agressions quotidiennes qui agacent, énervent, et rendent au final une journée désagréable. Par exemple, les gens qui parlent fort dans les transports en commun, les vendeurs mal-aimables, les dégradations, même minimes, à droite et à gauche, les chauffeurs de taxi qui ne connaissent pas leur route, les regards agressifs dans la rue, les trains qui arrivent en retard etc. Tout cela n’existe pas au Japon. À Tokyo on peut très bien être serré dans le métro aux heures de pointe, subir de grosses chaleurs en été ou encore être victimes d’autres gênes, mais ce sont des choses qui ne peuvent pas être évitées, ça n’est la faute de personne, et ça change tout.

La qualité de la vie au Japon, et particulièrement à Tokyo, me manquerait beaucoup si je devais quitter le pays. Mais ça n’est pas à cause de toutes ces choses que je n’ai aucune envie de revenir en France. Je suis Français, fier de mes origines, de ma culture et de l’éducation que j’ai reçue. J’estime qu’être Français est une chance et un atout et je ne changerais ma nationalité pour aucune autre. Pourtant retourner vivre en France me paraît aujourd’hui impossible.

Photo de Paris: Eirik Holmøyvik

Edit: C’est dommage de devoir le préciser mais au vu des réactions de nombreuses personnes ça me paraît nécessaire: cette photo est volontairement exagérée et n’a pas pour ambition de représenter la réalité. Ça me paraissait logique au moment de la publier mais apparemment ça n’est pas si logique que ça.

Ça fait maintenant 11 ans que j’ai quitté la France et je n’y suis pas revenu très souvent. Trois fois, peut-être quatre. Pour être franc la France ne me manque pas, et comme ma famille vient me voir régulièrement je n’éprouve pas le besoin d’y retourner. J’y suis allé l’année dernière pour faire découvrir mon pays à ma femme et à mon fils mais à part cette fois à chaque fois j’y suis retourné uniquement pour des raisons administratives en rapport avec le travail ou des visas. Dans le futur j’y retournerai régulièrement mais certainement plus dans le cadre de mon travail ou pour rapprocher mon fils de ses origines que par un besoin de retour aux sources. Si la France ne me manque pas c’est surtout parce que je trouve vite ma place là ou je suis, ça n’a pas vraiment de rapport avec le Japon. Quand j’habitais dans d’autres pays c’était pareil, surtout au Canada où je me sentais comme chez moi.

Écartons quelques minutes le fait que le Japon est un pays dans lequel il fait bon vivre et que je ne sois pas du genre à considérer mon pays comme mon “habitat naturel”. Oublions le fait que j’ai maintenant ma famille et mon travail au Japon. Ce qui ne me donne pas envie de revenir en France c’est tout autre chose.

Depuis l’étranger l’image de la France est catastrophique !

Étant Français je m’intéresse tout naturellement à l’actualité de mon pays. Je ne regarde pas que les actualités françaises mais il est très rare qu’un jour passe sans que je ne regarde le JT de 20h de France 2 et C dans l’air, et quotidiennement je fais le tour de l’info sur pas mal de sites internet français. En passant, vive internet qui permet de ne rien rater de ce qui se passe partout dans le monde.

Que ça soit aux infos, dans les émissions, à la télé, sur le net, à la radio, les nouvelles venant de France font peine à voir. Il y a d’abord la classe politique toute entière qui donne une image lamentable du pays. Il y a ensuite les reportages sur les braquages qui tournent mal et les violences qui s’enchaînent partout. Tout cela est entrecoupé de nouvelles de grèves, de manifestations et de tous les moyens de contestations possibles et imaginables. Côté divertissement on n’entend parler que de Nabila et de Touche pas à mon poste. Voilà l’image que l’on a de la France depuis l’étranger. Même en sachant que ça ne représente pas la réalité avouez que ça ne donne pas envie d’y aller.

Mais il y a encore pire que ça. Vous pouvez regarder n’importe quel article d’un site d’actualité français, et même régulièrement des articles sur des sites qui n’ont rien à voir avec l’actu. Quel que soit le sujet, neuf fois sur dix le premier commentaire est “De toute façon avec Flanby au pouvoir il ne faut pas s’étonner”, immédiatement suivi d’un “Tu crois que c’était mieux avec le nain”, et ça continue sans s’arrêter. C’est désespérant. On a l’impression que tous les Français sont des rageux pessimistes irrespectueux qui ne savent que se plaindre et s’engueuler. Je sais bien sûr que ça n’est pas le cas et d’ailleurs ce que je vois sur internet contraste énormément avec les Français que je rencontre à l’étranger qui sont toujours des personnes intéressantes avec qui je passe du bon temps. Mais ça me fait peur quand même. Aujourd’hui je regardais un documentaire américain qui expliquait comment les gens qui nous entouraient influençaient nos habitudes et notre humeur. Par exemple si vous avez des amis obèses vous avec plus de chances de devenir obèse à votre tour que si vous n’en connaissez pas. S’il y a beaucoup de divorces dans votre entourage vous avez plus de chances de divorcer. Si vos relations sont heureuses vous devenez heureux également. Ça marche autant IRL que sur internet et les réseaux sociaux. Sachant cela auriez-vous envie de vous entourer volontairement de la population la plus pessimiste du monde?

Je ne vous cache pas qu’un autre facteur me gêne beaucoup en France. C’est le statut d’entrepreneur. Les gens qui montent leur entreprise sont enfoncés par les gouvernements successifs avec des taxes insupportables et une législation infernale (c’est tellement simple au Japon !). Et comme si ça ne suffisait pas ils sont détestés par une grosse partie de la population. Je crois que la France est le seul pays au monde ou presque où les gens qui créent des emplois sont mal aimés des gens qui veulent du travail. La France est le seul pays au monde ou presque où la réussite n’est pas un exemple. Depuis l’étranger on a l’impression que partout dans le monde les gens cherchent à avoir une vie meilleure et se donnent les moyens pour ça, mais qu’en France les gens voudraient que personne ne réussisse. Encore une fois je ne suis pas en France depuis de nombreuses années et toutes ses conclusions je les tire des infos qui me parviennent à travers les filtres de l’actualité moderne.

Pour un Français, quand on habite à l’étranger, paradoxalement, on se sent bien plus Français que lorsque l’on est en France. C’est le cas pour moi en tout cas. En dehors de la France le moindre détail nous rappelle presque à chaque instant, par automatisme, que l’on est Français. De ce fait on a vraiment envie de voir son pays briller et quand ça n’est pas le cas c’est extrêmement décevant voire même blessant. Personnellement je me sens comme un représentant de mon pays à l’étranger. J’ai conscience que tout ce que je fais donne une image positive ou négative de la France aux gens qui m’entourent. À ce titre j’essaye d’avoir toujours un comportement irréprochable pour que les gens se disent “Ils sont bien ces Français”. C’est d’autant plus important au Japon où je suis souvent le premier Français avec qui les Japonais que je rencontre ont une interaction. Et franchement je ne me sens pas aidé par mon pays. Essayer de présenter une bonne image d’un pays qui se ridiculise à l’étranger ça n’est pas toujours facile. Heureusement que la France est encore synonyme de romantisme, de mode et de culture sinon on n’aurait plus grand-chose.

Tout ça pour dire que depuis quelques années la France renvoie une image déplorable aux autres pays, et même en étant soi-même Français ça ne donne pas envie d’y vivre.

Et ça n’est pas que moi. Je rencontre régulièrement des Français bien intégrés au Japon ou dans un autre pays qui me disent ne pas vouloir retourner en France, ou même avoir fait une dépression après être rentré. Ça peut être pour diverses raisons comme la qualité de la vie au Japon, le pouvoir d’achat et les salaires bas en France, la difficulté de créer son entreprise ou de faire une carrière intéressante et bien d’autres choses. En tout cas vivre en France n’est pas attirant quand on a vécu dans un autre pays, particulièrement quand il s’agit du Japon.

Maintenant dites-moi ! La vision de la France que j’ai en ce moment depuis l’étranger est-elle juste, exagérée, ou totalement fausse ?

Tev, quel est ton parcours avant d’arriver au Japon?
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Tev, quel est ton parcours avant d’arriver au Japon?

question-dice C’est une question qu’on me pose très fréquemment, voire même LA question qui revient tout le temps. Comment j’en suis arrivé à m’installer au Japon? Comme je l’ai déjà mentionné, même si j’adore le Japon je n’avais jamais pensé y vivre un jour. Quand j’ai quitté la France il y a quelques années mon but était assez vague et consistait surtout à découvrir le plus de choses possibles et à m’éloigner autant que je pouvais du modèle métro-boulot-dodo.

En 2003 je quitte la France pour le Canada. Au début mon objectif est d’apprendre l’anglais pendant 1 mois en stage intensif mais je décide de rester 1 mois supplémentaire puis 3 autres mois et finis par m’inscrire à l’université pour obtenir un visa d’étudiant et pouvoir rester à Montréal, une ville que j’adore. Ma chance c’est d’avoir eu des parents qui m’ont poussé à faire des études et qui m’ont envoyé à l’université à l’étranger même si ça leur coûtait un bras. À l’époque je n’avais absolument aucune envie d’aller à la fac mais le fait d’y aller à l’étranger m’a motivé.

Avant que le cursus ne commence à la fac j’ai décidé de partir au Japon pour 3 mois. Dans les classes d’anglais que je prenais à Montréal j’ai rencontré beaucoup de Japonais qui sont devenus des amis, mon premier contact avec le Japon, je ne connaissais rien de ce pays avant, et lorsque la plupart de ceux-ci sont retournés au Japon j’ai décidé de les accompagner.

Ce premier voyage m’a coûté presque toutes mes économies. C’est surtout le prix du logement et de l’école de japonais qui m’ont coûté cher. En effet je ne voulais pas voyager juste pour faire du tourisme mais essayer de découvrir le pays plus profondément et pour moi ça passe forcément par l’apprentissage de la langue. En plus j’avais découvert au Canada que les écoles de langues sont un excellent moyen de rencontrer des gens intéressants.

Ce premier voyage au Japon, à Tokyo, a été un vrai succès. Comme tous ceux qui débarquent pour la première fois j’étais étonné à chaque coin de rue et je suis reparti avec des souvenirs plein la tête. Quelques mois plus tard j’y suis retourné pour passer les fêtes de fin d’année chez une amie japonaise et j’en ai profité pour faire un saut à Tokyo. C’était le reste de mes maigres économies.

Après le Japon je suis retourné à Montréal où j’ai entamé mes études. Après ma deuxième année de fac, fac de droit, j’ai tout lâché. Les cours se passaient bien et encore un an et demi à ce rythme et j’étais avocat au Canada ou aux Etats-Unis. Mais petit à petit l’univers du droit et les personnes que je rencontrais me plaisaient de moins en moins. Je m’imaginais facilement dans ma maison de retraite, plein de thunes, mais sans avoir rien fait d’autre que de bosser toute ma vie dans un monde qui ne me plaisait pas. Ça ne collait pas vraiment à ma philosophie de la vie de l’époque basée sur le principe “pourquoi passer sa jeunesse à préparer son avenir si c’est pour passer son avenir à regretter sa jeunesse”. J’ai donc laissé la fac en plan pour partir au Japon avec un visa working holiday (WH).

J’avais un visa d’un an pour le Japon mais pas vraiment de projet. Une amie m’avait trouvé un petit boulot sympa et j’espérais profiter un maximum de mon année sur place et ensuite passer à un autre pays. Peut-être l’Austalie avec le même visa, ou alors un pays plus excitant et pas cher comme la Chine ou l’Inde. Je n’ai pas eu le temps de me poser sérieusement la question longtemps puisque j’ai rencontré celle qui est devenue ma femme assez rapidement après mon arrivée en WH. On a voyagé ensemble quelques années avant de se marier et de finalement s’installer définitivement au Japon. Ma femme adore voyager mais n’imagine pas faire sa vie ailleurs qu’à Tokyo, et comme c’est une ville dans laquelle je m’imaginais bien vivre elle n’a pas eu besoin de me convaincre.

La morale c’est qu’on peut vivre au Japon sans avoir de diplôme ni d’argent quand le destin s’en mêle. Mais malgré mon parcours le Japon me paraît très difficile d’accès si l’on n’a pas fait de grandes études et même pour un simple séjour en WH je conseille de partir bien préparé avec un bon budget devant soi et si possible en parlant japonais le mieux possible.

Tev, comment tu fais pour voyager autant?
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Tev, comment tu fais pour voyager autant?

question-dice Comme chaque week-end je réponds à une de vos questions et pour une fois je choisis de répondre à une question concernant le voyage et non le Japon. Lors de mes articles je fais souvent référence à d’autres pays dans lesquels j’ai voyagé ou habité et régulièrement on me pose des questions ou on me demande des conseils sur le sujet. Le plus souvent on me demande comment je fais pour aller dans autant de pays, si j’ai gagné au loto ou comment faire pour passer un certain temps à voyager si on n’a pas beaucoup d’argent.

Déjà une petite mise au point. Via internet on se fait souvent une image faussée des personnes, en bien ou en mal, et si je donne parfois l’impression d’avoir été partout c’est loin d’être le cas. J’ai surtout voyagé en Asie. Du continent Américain je ne connais que le Canada et un tout petit peu les États-Unis. Je n’ai jamais mis les pieds sur le continent africain ni en Océanie. Il me reste donc énormément de pays à découvrir.

Pour voyager il faut deux éléments. L’argent et la volonté (En admettant qu’on ait la santé).

L’argent est souvent une mauvaise excuse. Ça n’est pas qu’il manque mais qu’on préfère l’utiliser autrement. C’est un problème de définition des priorités. Je n’ai jamais eu un compte en banque plein à craquer ni un salaire d’ingénieur de la Nasa mais ça ne m’a jamais empêché de partir. Évidemment tout le monde ne peut pas partir du jour au lendemain aux quatre coins du monde mais en redéfinissant ses priorités tout le monde peut arriver à voyager presque partout. Pour partir en voyage ça m’est arrivé plusieurs fois de dépenser jusqu’à mon dernier sou et quand je parle de sens des priorité ça veut dire qu’à l’époque où je voyageais beaucoup j’ai dit au revoir à beaucoup de choses. Plus de téléphone portable, plus de voiture, plus de moto etc. Pas besoin d’être un génie pour voir que le budget de la majorité des gens est grillé par les abonnements divers, les assurances, l’essence etc. Quand on se débarrasse de tout ça et qu’on décide de partir à l’étranger on a souvent plus besoin de grand chose pour vivre. Cela implique juste de choisir des pays abordables comme destination et de partir pour longtemps. Un pays comme l’Inde par exemple on peut y rester 1 an comme touriste et une fois le billet d’avion payé il ne faut pas beaucoup d’argent pour rester sur place. Et c’est pareil dans beaucoup de pays d’Asie.

Et en réalité, à part le Japon où j’ai travaillé et le Canada où je faisais des études je n’ai voyagé que dans des pays qui coûtaient 3 fois rien et souvent pendant de longues durées (1 an et demi en Chine, 7 mois en Malaisie) ou avec un sac à dos en mode routard (Inde, Laos, Thaïlande, Cambodge, Vietnam). En plus, une fois en Asie il devient très facile de passer d’un pays à l’autre pour pas cher. Depuis la France un voyage en Thaïlande peut paraître cher. Depuis la Malaisie c’est juste quelques dizaines d’euros pour un billet d’avion.

Évidemment si on veut partir en voyage organisé ou loger dans un hôtel 4 étoiles il faut un sacré budget. Mais en mode routard en logeant dans des hôtels pas chers et en mangeant dans la rue ou des petits restaurants avec les gens du pays on peut faire un super voyage de plusieurs mois pour le prix d’une semaine au club med.

J’ai tout de même deux avantages par rapport à beaucoup de monde qui sont 1. mes parents et 2. Ici Japon.

En effet tout le monde n’a pas la chance d’avoir un point de chute ou quelqu’un à pouvoir appeler en cas de problème. De mon côté j’ai toujours su que je n’avais qu’un coup de fil à passer à mes parents si j’avais besoin de quelque chose en cas d’urgence. C’est donc plus facile de partir dans ces conditions.

Ici Japon a était un coup de chance. Lorsque je suis parti vivre en Chine et ensuite voyager dans toute l’Asie je n’avais pas beaucoup d’argent devant moi. J’ai mis tout le temps et l’argent que j’avais pour faire une version des cours de japonais payante sur le site et retourner quelques semaines en France pour ouvrir une entreprise individuelle. Je ne m’attendais pas à gagner une fortune mais au moins à m’enlever le poids financier de l’hébergement du site qui coûte plusieurs centaines d’euros par an (l’équivalent de pusieurs mois de loyer en Chine dans mon optique de l’époque). Les recettes n’ont pas été exceptionnelles mais ça plus un peu de pub m’ont permis de vivre confortablement en Chine dans une ville où la vie ne coûtait pas chère. Ensuite ça m’a permis de voyager à travers l’Asie sans avoir à faire de halte pour travailler et mettre de l’argent de côté pour repartir.

Durant mes voyages j’ai rencontré beaucoup de voyageurs de divers nationalités et beaucoup étaient des gens avec un travail normal sans trop d’économie qui ont tout lâché, comme moi, pour partir faire un grand voyage ou un tour du monde. La plupart se débrouillait bien mieux que moi pour trouver du travail ou trouver des combines pour vivre pas cher.

Maintenant je suis de retour à une vie “normale”. J’ai de nouveau un travail, des factures et des abonnements à payer et je me vois mal partir en vacances plus d’une semaine dans les mois à venir. Mais j’ai déjà bien profité et je suis plutôt content de pouvoir poser mes bagages quelques temps.

La question que je vous pose est: seriez-vous prêt à tout abandonner pour partir que ce soit au Japon ou aileurs?

Tev, est-ce que tu vas rester à Tokyo?
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Tev, est-ce que tu vas rester à Tokyo?

question-dice Traditionnellement je réponds à l’une de vos questions chaque week-end. En raison de l’actualité que l’on connaît tous j’ai raté ce rendez-vous la semaine dernière mais je me rattrape aujourd’hui avec une question qu’on m’a beaucoup posé ces 3 derniers jours. Est-ce que tu comptes rester à Tokyo/au Japon?

Comme vous le savez les nouvelles aux infos ne sont pas très optimistes sur la situation de la centrale nucléaire de Fukushima située à 250km de Tokyo. L’ambassade de France conseille aux expatriés de s’éloigner de la capitale et la France est même le premier pays à organiser un rapatriement – je ne sais pas si on peut appeler ça comme ça mais ils préparent des avions pour évacuer les français.

À Tokyo on constate que beaucoup de français ont déjà quitté la ville. Vous le savez je travaille dans une boulangerie du quartier français et hier je n’ai vu aucun compatriote parmi la bonne vingtaine de clients français habituels. Sur le net on peut lire beaucoup de témoignages de français qui sont retournés en France ou descendus dans le sud du pays pour quelques jours ou semaines. Vous en avez peut-être lu sur les commentaires d’Ici Japon, et sur les sites d’expatriés assez connus on peut voir le témoignage de Daimaou d’Akihabara News qui rentre en France avec sa fille, ou de David Michaud de LeJapon.fr qui est parti à Kyoto. Beaucoup d’autres annoncent également leur départ sur Forum Japon, forum qui regroupe beaucoup d’expatriés. Au bureau de l’immigration ça devient difficile de mettre son passeport à jour à cause des queues interminables (il faut un “timbre” spécial pour revenir au Japon une fois que l’on sort).

Je comprends cette réaction de prudence qui ne me paraît pas excessive au vue de la situation. Je pense spécialement aux familles avec des enfants qui veulent les mettre en sécurité avant toute chose.

Pour ma part je regarde de près l’évolution de la situation à la centrale de Fukushima. Je n’ai pas encore pensé à partir ni même évoqué la possibilité sérieusement avec ma femme. Déjà parce que j’ai ma femme, ma belle-famille et deux boulots ici. Ensuite parce que je suis plutôt optimiste après avoir recoupé toutes les infos françaises, anglaises/américaines ou japonaises que je pouvais trouver. Je ne suis pas très inquiet au niveau d’un nouveau séisme ou de la pénurie dans les magasins, et seul le problème du réacteur me préoccupe mais reste assez loin de m’alarmer.

Au Japon je suis entouré presque uniquement de japonais et le fait de les voir calmes et aller au travail normalement doit m’inciter machinalement à faire la même chose. J’adopte la voie japonaise en quelques sortes. J’imagine que les expatriés qui parlent entre eux doivent sentir monter la pression à chaque nouvelle conversation, et ce n’est pas le cas avec moi et les personnes japonaises de mon entourage. En plus j’avoue que j’aime être au coeur de l’action et je me considère chanceux de pouvoir observer les évènements de mes propres yeux plutôt qu’à la télé. J’espère que je pourrais toujours me considérer comme chanceux dans les heures et jours à venir. Je vous rassure tout de même si la situation empire je ne vais pas rester planter au milieu de Tokyo pour prendre le nuage radioactif en photo au milieu de la ville (il est transparent en plus) et je partirai si j’estime l’heure venue et que ma femme m’accompagne. Mais je le répète je ne suis pas encore inquiet à ce point là et en plus le temps joue en notre faveur, chaque nouveau jour devient théoriquement de moins en moins dangereux.