Kyu-jutsu et Kyudo

Kyu-jutsu

Technique du tir à l’arc développée au cours des siècles du Moyen-Age japonais et qui évolua de techniques de guerre (Bujutsu) en voie spirituelle (Budo) pour devenir Kyudo.

Pratiqué pour la guerre ou la chasse, le tir à l’arc est une pratique aussi ancienne que la présence humaine sur les îles japonaises.

Les deux arcs les plus anciens trouvés lors de fouilles remontent probablement à 6’000 ou 7’000 ans av. J.C., mesurent entre 1m et 1,30m et sont en bois de Kaya bagués avec de l’écorce de bouleau. Plus nombreux, et mesurant jusqu’à 2m, sont les arcs de la période Nouveau Jomon, autour de 1’000 ans a.v. J.C.
Il semblerait que la forme typique de l’arc japonais, asymétrique (poignée décentrée, séparant une partie courte, en bas, facilitant le tir à cheval, d’une partie plus longue, au-dessus) soit présent dès la période Yayoi (300 a.v. J.C. – 300 après J.C.), ce qui prouverait l’influence mongole.

Lors de la période de Nara (645 – 724), et selon le Kojiki*, le tir à l’arc joua un rôle très important lors des cérémonies solennelles à la Cour du Japon, avec une influence chinoise évidente.
On pratiquait alors le tir à l’arc révérencieux (Jarai), le tir avec des paris (Noriyumi), le tir à cheval (Umayumi ou Kisha), le tir de cérémonie du nouvel an (Yabahajime).

Le tir à l’arc devint un art sacré, présent dans les cérémonies religieuses Shinto (l’archer devient point de rencontre du Ciel et de la Terre., ou pour introduire les grandes rencontres de Sumo (Yumitori-shiki: danse de l’arc), et très rapidement un élément fondamental de la culture aristocratique et guerrière.
Il fait partie des arts du Kakuto-Bugei*, réservés à l’élite guerrière et la "Voie de l’arc et du cheval" (Kyuba-no-michi) précéda le code guerrier du Bushido. L’arc mesure alors plus de deux mètres, et sa forme est encore droite.

Ce fut dans la période Heian (794 – 1184) qu’il évolua au contact des influences chinoises, aussi bien dans sa forme (il prend sa courbure définitive) et dans les matériaux pour sa confection (arcs composites, en bambou et en bois). A partir du XIIIe siècle, après la guerre de Gempei entre Taira et Minamoto, le Kyujutsu se développa rapidement avec l’âge des Samurai avec recherche dans le domaine de la précision et de la rapidité d’un tir à finalité de combat.

L’arc japonais prend alors son aspect définitif, l’ampleur de sa partie supérieure ayant l’avantage de permettre un tir de flèches (Ya) très longues. La portée efficace ne dépassait cependant pas une centaine de mètres. Parallèlement à cette volonté guerrière, les tirs de cérémonie, aux rituels lents et précis, ainsi que toutes les valeurs spirituelles attachées depuis des siècles au tir à l’arc, se sont préservés.

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A l’époque Kamakura (1185 – 1333) Ogasawara Nagakiyo (1160 – 1200) fonde la première école à formaliser et développer le tir à cheval, l’étiquette et les tirs de cérémonie. Mais les confrontations brutales, en 1274 puis en 1281, avec les tentatives d’invasions par les Mongols, prouvèrent aux Japonais la supériorité de l’arc court de ces derniers, plus précis et portant plus loin.

Les Japonais pratiquaient alors différentes formes de tir à cheval (Kisha) : Yabusame, Kasagake et Inu-oi-mono, et de tir à pied, O-mato (sur grande cible), Masumono (petite cible d’une vingtaine de centimètres), Kusajishi (tir au daim empaillé), Makigari (poursuite du gibier dans un champ clos).
Sur le champ de bataille, on distinguait le tir Kazuya (la "pluie de flèches", très rapides, sur grande distance) du tir Koshiya (le tir visé, lorsque l’adversaire était plus près).

La bataille de Nagashino (1575), où Oda Nobunaga anéantit la célèbre cavalerie de Takeda Shingen avec seulement 3’000 hommes armés de mousquets, sonna le glas du tir à l’arc à usage de guerre. L’arc fut toutefois repris par les bonzes comme l’un des supports de leur méditation active. Le tir à l’arc, détaché de toute finalité de combat, devint une pratique éthique modelée par les Zen, Shinto, et Confucianisme. Une évolution qui se renforça définitivement sous les Tokugawa (1603 – 1868) où les aspects spirituels des arts martiaux atteignirent leurs sommets.

Le Kyu-jutsu, à travers une foule d’écoles nouvelles, devint Kyudo, l’aspect spirituel de la Voie (Do) surclassant définitivement la simple technique (Jutsu).

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Awa Kenzo

Kyudo

"Voie de l’arc", appelé aussi Yado. Kyudoka est le pratiquant de tir à l’arc. Organisée au Japon dans le cadre de la "Zen Nihon Kyudo Renmei", fondée en 1948.

Dans le Japon ancien, les maîtres du tir à l’arc étaient vénérés à l’égal des Roshi* du Zen. A mesure que, avec l’introduction des armes à feu à partir de la fin du XVIe siècle, le tir à l’arc perdit de son intérêt sur le champ de bataille, il devint l’un des moyens pour la recherche de la maîtrise de soi, au même titre que d’autres arts martiaux évoluant de Bugei* en Budo. Dès 1660 Morikawa Kozan fonda l’école Yamato-ryu, synthèse de la technique de Heki-ryu et de l’aspect cérémoniel de Ogasawara-ryu, et utilise pour la première fois l’appellation Kyudo.

Au cours de la Restauration Meiji (1868 – 1912) les arts martiaux classiques tombèrent en désuétude. Mais les écoles traditionnelles de tir à l’arc survécurent : Ogasawara-ryu, Heki-ryu et Honda-ryu.
Après la levée de l’interdit qui avait pesé sur les arts martiaux japonais après la défaite de 1945, les maîtres de Kyudo, notamment Awa Kenzo et Anzawa Heijiro, disciple du précédent, mirent au point une méthode qui fut la synthèse des sensibilités des différentes écoles et harmoniser enseignement et passages de grades : ce furent les Hassetsu, les huit positions que prend l’archer de la préparation au tir jusqu’à l’accompagnement mental de la flèche une fois lâchée. Aujourd’hui chaque grande université du Japon, voire chaque grande entreprise, possède son propre Dojo pour la pratique du Kyudo.

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Le développement de cette discipline hors du Japon doit beaucoup à un célèbre petit ouvrage de l’Allemand Herrigel Eugen, "Le Zen dans la Voie chevaleresque du tir à l’arc", qui suscita un vif intérêt dans les milieux où les arts martiaux étaient vécus en tant que voies spirituelles.

Deux maîtres nippons furent également des pionniers de leur art à l’étranger : Inagaki Genshiro, du Heki-ryu, et Onuma Hideharu, disciple d’Anzawa, vinrent les premiers en Europe, à Paris, Hambourg, Londres, en 1967.
En 1969 Anzawa Sensei se déplaça lui-même avec une délégation composée des maîtres Onuma, Kitajima et Suhara.

La "Voie de l’arc" est une discipline du Budo : l’une des Voies (Do) possibles de la Réalisation de l’être, du perfectionnement de l’individu (son utilisation guerrière, celle du temps du Kyu-jutsu, étant devenue parfaitement anachronique).
Le Shado* est l’approche plus métaphysique du tir à l’arc : c’est la pratique du Kyudo avec l’esprit du Zen.
A ce niveau, le tir à l’arc devient Voie intérieure du "lâcher-prise", état mental et émotionnel recherché par tous les grands courants philosophiques et religieux de l’Extrème-Orient.

Pour les maîtres de l’art, le Kyudo est la Voie "du Vrai, du Bien, du Beau" (Shin-zen-bi). Il ne faut pas seulement viser la cible (Toteki), comme dans un tir sportif, pas seulement chercher à pénétrer la cible (Kanteki) comme dans un tir guerrier, mais placer la flèche dans la cible avant même qu’elle n’ait quitté l’arc (Zaiteki)…

Les exercices de base du Kyudo reposent sur le Kihontai et les Hassetsu, qui sont au tir à l’arc ce qu’est le Kata à d’autres arts martiaux. Que ce soit pour le tir sur cible (Mato) ou sur paillasson (Makiwara), le processus aboutissant au lâcher de la flèche est rigoureusement codifié en fonction des circonstances, du type de tir, du nombre de participants, et aussi en fonction des écoles.

Et même s’il s’agit d’un simple tir d’entraînement pratiqué en solo, les procédures restent les mêmes.
L’archer porte un Hakama, comme l’Aikidoka ou le Kendoka.

Il y a de nombreuses formes de tir, suivant toutes un rituel très précis.

Ainsi:

_ Tir à la cible (Mato), sous forme de tir Enteki ou Kanteki.

_ Tir à la Makiwara (Makiwara-jarai).

_ Tir de purification pour le Nouvel An (Yabahajime) ou l’inauguration d’un nouveau Dojo (Hikime).
Ce tir est effectué en costume de prêtre Shinto, avec Eboshi*, et Kimono de brocart.

_ Tir successifs de trois maîtres sur une seule cible (Hitotsu-matosan-nin-jarai).

_ Tir d’un maître assisté de deux assistants (Yawatashi).

_ Tir à cheval (Yabasume).

_ Tir adapté à des situations de combat (Insai-ha, du Heki-ryu).

_ Tir religieux avec récitations de prières (Seka-ha).

*
Bugei:
Méthode de combat.
De Bu = martial et Gei = art.

Désigne des ensembles de techniques utilisées pars les guerriers (Bushi) dès le Haut Moyen Age japonais, strictement étudiées et codifiées.
Peu à peu la manière de combattre inclut des concepts, notamment tactiques et stratégiques, autres que purement individuels ou d’ordre technique. Des styles et des écoles (Ryu) et des branches (Ha) se distingueront lentement. Le Bugei devint Budo lorsque les préoccupations d’ordre éthique influencèrent de plus en plus les techniques.

Eboshi:
Couvre chef en crin de cheval tressé et laqué noir autrefois porté par les Samurai et les Bushi, et encore présent dans certaines tenues de cérémonies propre à certains arts martiaux, comme le Kyudo ou le Sumo. Seul un adulte était en droit de le porter, après la cérémonie du Gembuku (mise en place du chapeau), à l’issue de laquelles le jeune homme prenait un nouveau nom (Eboshi-na ou Kammei).

Tandis que le Samurai portait un couvre-chef de forme légèrement triangulaire (Ji-eboshi), ceux des nobles et prêtres Shinto avaient forme de bonnets (Nae-eboshi).

Kakuto-Bugei:
"Discipline (Gei) guerrière (Bu) authentique (Kakuto)"
Appellation générique pour tous les arts martiaux japonais devant réellement servir sur un champ de bataille.
Vu le nombre des armes, et l’utilisation de chacune d’entre elles ayant été codifiée par les styles, on en compte plus d’une cinquantaine, parmi lesquelles:

_Kyu-jutsu : tir à l’arc
_Ba-jutsu : équitation
_Ken-jutsu : combat au sabrer
_So-jutsu : technique de la lance
_Naginata-jutsu : technique de la hallebarde
_Kumi-uchi : lutte en armure
_Genkotsu : attaque des pints vitaux

_Ju-jutsu : combat en corps à corps
_Uchi-ne : lancer de flèches à la main
_Iai-jutsu : dégainé du sabre
_Shuriken-jutsu : lancer de projectiles
_Gekikan-jutsu : technique de la chaîne d’arme lestée

_Chigi-riki-jutsu : technique du manche avec chaîne d’arme lestée
_Jutte-jutsu : technique pour désarmer
_Tessen-jutsu : technique de l’éventail de combat
_Tetsubo-jutsu : utilisation du bâton en fer
_Bo-jutsu : technique du bâton long
_Jo-jutsu : technique du bâton court

_Kusarigama-jutsu : emploi de la faucille avec chaîne
_Shinobi-jutsu (Nin-jutsu): techniques d’actions furtives
_Hojo-jutsu : technique de menottage
_Suijohoko-jutsu : technique pour traverser les plans d’eau
_Suiei-jutsu : technique de la natation et du combat dans l’eau
_Chikujo-jutsu : art des fortifications
_Ho-jutsu : technique des armes à feu

_Noroshi-jutsu : signalisation et pyrotechnique
_Juken-jutsu : combat avec le poignard

Kojiki :
Aussi Furo-koto-bumi : "Chronique des Choses Anciennes", annales, en trois tomes,
de la protohistoire du Japon.
Constitue les premières sources où histoires et légendes se confondent dans la description des premières divinités et empereurs du pays.

L’ouvrage a été rédigé en 711 et 712 par Ono Yasumaro, à la demande de l’impératrice Gemmei.
Il s’agit d’une compilation d’histoires mythologiques retenues par Hieda-no-Are (qui avait alors 65 ans) ainsi que de traditions anciennes colportées par les conteurs itinérents (Katari-be). Y est notamment relaté le fameux combat, en l’an 23 a.v. J.C. entre deux lutteurs : Taema-no-Kuehaya (Tomaketsu Hayato) et Nomi-no-Sukune.

Le dernier triompha du premier, le tuant au cours de cette rencontre. Il s’agissait d’une de ces joutes alors fréquentes, où la technique pure laissait largement encore la place à l’exercice de la force brutale (Chikara-kurabe), qui sont à l’origine de la lutte Sumai), ancêtre direct du Sumo.

Roshi:
Vieux (vénérable) maître (correspondant à Lao Zi en chinois).

Titre attribué à un maître de Zen particulièrement respecté.

Sources

"Encyclopédie des arts martiaux", wikipédia.

Images

http://www.cycle-carnets-de-voyage.com
http://www.univie.ac.at

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icon Auteur: Lusitano Nanbanjin

Une réponse à “Kyu-jutsu et Kyudo”

  1. rapaille dit :

    bonjour à vous, je dois me séparer d’une paire de Ya, Haya et Otoya, époque Meiji/Taisho, en bambou et plumes oiseau de proie. 500 euros.
    si vous connaissez un passionné comme moi, merci de lui faire part de mon offre.
    cordialement
    jérôme

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