Les minutes après le tremblement de terre
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Les minutes après le tremblement de terre

Après la première secousse mon premier geste a été d’ouvrir mon téléphone portable. Je me doutais qu’il serait difficile de l’utiliser mais j’ai essayé quand même de contacter ma femme. Évidemment impossible de la contacter. Durant les grands rassemblements à Tokyo comme les feux d’artifice jusqu’à 200 000 personnes peuvent se déplacer et téléphoner en même temps et déjà là les communications deviennent difficiles, alors lorsque c’est tout un pays qui téléphone en même temps…

Puisqu’on parle de téléphone mentionnons que le système d’alerte n’a pas fonctionné cette fois ci et j’ai reçu mon premier message de prévention le lendemain du séisme.

J’étais en plein coup de bourre au boulot lorsqu’on a resenti les secousses. Et avec le temps perdu j’ai travaillé à une cadence de dingue durant les 3h qui ont suivi le choc. Difficile de se concentrer avec une grosse dose d’adrénaline qui circule dans le corps et les mains qui tremblent. Tout le monde était sous tension comme après un accident de voiture ou n’importe quel grand choc. Tout le monde regardait la télé sur son téléphone portable mais au magasin on a vite été débordé et personne n’avait vraiment le temps de suivre les infos. Ce n’est qu’après 18h en quittant mon travail que j’ai vraiment compris ce qui se passait. Avant ça je savais juste que Sendai avait été touché et que les trains étaient arrêtés à Tokyo. Une conséquence de l’arrêt des transports a apporté un gros afflux de clients qui ne pouvaient pas rentrer chez eux, ce qui a encore accéléré ma cadence de travail.

L’inquiétude a été plus forte avec la seconde secousse. Alors qu’on croyait l’évènement clos se faire toucher violemment à nouveau a rappelé à tous que les ondes de chocs pouvaient encore arriver. Et effectivement des secousses se sont faites sentir toutes les 20 minutes environ. Mais rien de comparable en intensité avec le premier choc.

Dehors tout le monde était inquiet mais personne n’a cédé à la panique et malgré la force du séisme les bâtiments ont très bien résistés à Tokyo. Même en marchant dans la ville quelques heures plus tard je n’ai vu que des dégâts superficiels. Rapidement la vie a repris son cours normal et seuls les bruits de sirènes au loin et le balais incessant des hélicoptères nous confrontaient à la réalité. Ça et les foules de personnes qui rentraient chez elles à pied faute de moyens de transport.

De l’avis de tous, personne n’avait jamais connu de séisme aussi violent.

Le Japon vous fait-il peur?
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Le Japon vous fait-il peur?

Vous étiez nombreux à rêver de Japon la semaine dernière. Maintenant que l’île a révélé au monde entier ses dangers, l’êtes-vous toujours autant?

Toutes les personnes qui avaient prévu un voyage au Japon dans les jours ou semaines à venir se posent des centaines de questions à l’heure actuelle. Dois-je y aller? Changer ma date de départ? Annuler? Attendre avant de me décider? Combien ça va me coûter? etc.

J’imagine que la grande majorité de ces personnes vont au minimum repousser leur voyage. On m’a demandé quelques fois si je conseillais de venir ou non. Je conseille d’attendre le plus possible avant de se décider. Si vous devez partir dans la semaine ou avant la fin du mois, ne partez pas. Surtout si vous ne connaissez pas le pays. En plus des risques, vous allez être confronté aux problèmes de transport, aux coupures de courant et peut-être à des problèmes pour vous ravitailler (je suis assez optimiste sur ce dernier point aux vues de la situation actuelle). Certains endroits que vous voulez visiter risquent d’être encore fermés (Tokyo Disneyland, Musée Ghibli) et vous penserez plus au séisme qu’à profiter du pays lui-même.

À côté de ça je constate à travers des témoignages sur le net que si les projets sont repoussés il sont rarement annulés. Je sais que vous êtes nombreux à suivre Sophie Durant et son projet de passer un an au Japon à partir du 21 mars sur son blog BD. Elle m’a confié par e-mail qu’elle ne voyait pas la situation s’améliorer en l’espace d’une semaine et qu’en plus des risques du nucléaire et de pénurie le temps n’était pas vraiment propice à la rigolade. Elle pense aussi à sa famille inquiète à l’idée d’un départ dans ces conditions. Pour ces raisons elle va certainement repousser son départ mais elle n’imagine pas annuler son projet pour autant. Elle n’est pas effrayée mais simplement prudente, et certainement comme tout le monde un peu déboussolée devant la quantité des nouvelles qu’on nous rapporte avec à chaque fois un son de cloche différent.

Et vous, votre vision du Japon a t-elle changée? Le pays vous fait-il peur? Préférez-vous changer de destination pour votre prochain voyage? Vos projets ou rêves de vivre au Japon ont-ils changés?

Le soir du tremblement de terre (1)
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Le soir du tremblement de terre (1)

Le soir du tremblement de terre les rues de Tokyo étaient totalement transformées. Privé de train j’ai dû marcher jusqu’à chez moi. Une bonne balade de 4h dont voici le récit en photos.

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À environ 18h je quitte le boulot et je trouve une rue bien différente des autres soirs envahie par la foule
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Impossible d'appeler avec son portable et les e-mails mettent parfois plusieurs heures à arriver à destination. Pour la première fois je vois des gens faire la queue devant les cabines téléphoniques. On en trouve encore beaucoup à Tokyo.
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Voir des gens dans la rue avec des casques m'a frappé. On en voyait partout et j'ai déduit qu'ils avaient été distribués au personnel par les entreprises préparées au pire.
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Je tente ma chance à la gare espérant que la circulation reprenne bientôt. Ce n'est que là que je découvre avec quelques autres les images dévastatrices des tsunami sur un écran géant. Choc!
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Tout le monde comprend que la train n'est pas près de repartir, et comme beaucoup je décide de rentrer à pied.
Jour 6 après le tremblement de terre
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Jour 6 après le tremblement de terre

Aujourd’hui il fait très froid. Les derniers jours on sentait le printemps arriver sur la capitale du Japon mais depuis ce matin on a l’impression que Tokyo a replongé au coeur de l’hiver. J’ai une pensé pour les personnes dans le nord du pays sans logement, et j’espère aussi que la consommation d’énergie due au chauffage ne va pas créer de difficultés supplémentaires sur le réseau électrique.

En rentrant du travail ce soir j’ai rapidement vu dans les nouvelles que la situation à la centrale n’avait pas l’air d’avoir beaucoup évolué depuis hier. À Tokyo en tout cas on est loin de la panique et on aurait même du mal à voir une ville plus normale s’il n’y avait pas les coupures d’électricités dans certains quartiers pour économiser l’énergie et les problèmes que ça engendre dans les transports. Il y a toujours beaucoup de monde dans les wagons de trains et de métro, et à part le matin très tôt on a toujours l’impression d’être à l’heure de pointe.

La situation dans les supermarchés est presque revenue à la normale. Le nombre de clients n’est pas inhabituel aux caisses et on a de nouveau des produits frais (pain, bento, onigiri…) dans les combini. Au 7 Eleven on peut même de nouveau acheter le fameux bento One Piece dont je vous avez déjà parlé. L’eau en grande bouteille est toujours rare dans les rayons mais on en trouve tout de même et ce qui paraît le plus inquiétant aujourd’hui c’est le délai d’attente aux pompes qui peut monter jusqu’à 3h ou 4h.

Côté secousses, à moins que je n’en ressente une avant de valider cet article comme d’habitude, RAS depuis ce matin. Ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas mais certainement qu’il y en a moins. Entre parenthèse je pense savoir pourquoi je ressens moins de secousses dans la journée que le soir quand j’écris sur le blog. C’est certainement que j’habite au 3e étage et je dois simplement mieux percevoir les secousses avec le balancement de mon immeuble que sur mon lieu de travail ou dans les transports.

Malgré les gros titres et les infos alarmantes que vous voyez certainement sur le net ou à la télé à Tokyo tout est calme. Je ne connais personne qui se soit éloigné de la capitale que ça soit dans mon cercle de connaissances personnel ou professionnel. Dans la rue on ne voit personne charger sa voiture pour fuir le plus loin possible, et les trains sont remplis de gens qui vont au travail et non de gens qui se rendent à l’aéroport.

Comme chaque soir je vais continuer à suivre l’évolution de la situation à la centrale de Fukushima mais ça ne va pas m’empêcher de dormir.

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Bon… pour changer une grosse secousse vient de se faire sentir. Cette fois une dizaine de secondes après que je ne valide l’article. Mon portable et celui de ma femme se sont mis en mode alerte et à peine 2 ou 3 secondes plus tard on a eu droit à une bonne secousse d’une vingtaine de secondes. La réplique venait de Chiba, à côté de chez nous, avec une magnitude de 5.8. On a eu les détails aux infos en même temps que la secousse avait lieu.

Le soir du tremblement de terre (2)
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Le soir du tremblement de terre (2)

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Avant de me lancer dans les rues de Tokyo j'essaye de ma procurer une carte de la ville dans un combini mais naturellement elles ont toutes été vendues. Plusieurs personnes achètent des tas de nouilles instantanées comme s'ils envisageaient la fin du monde.
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Personne n'a l'habitude de se déplacer à pied sur de longues distances à Tokyo et on voit des gens chercher leur chemin devant chaque plan de quartier.
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Oubliez les plans. À l'heure du numérique tout le monde a le nez collé à son iPhone. Merci Google Map!
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Premiers dégâts rencontrés après 30 minutes de marche. Juste des tuiles cassées. L'endroit a déjà été signalé par des plots.
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Un peu plus loin ce restaurant a vu l'une de ses grande vitres voler en éclats. Déjà une dizaine d'ouvriers ont sécurisé le bâtiment.
Jour 7 après le tremblement de terre
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Jour 7 après le tremblement de terre

Panique à Tokyo! Les rues de la ville sont désertes et seuls les camions militaires sont autorisés à circuler pour ramasser les corps de ceux qui n’ont pas eu la force d’échapper au nuage radioactif, souvent morts de faim à cause de la pénurie de Ramen Cup dans les combini.

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Maintenant les vraies nouvelles de Tokyo. Tout est toujours normal dans les rues, les gens vont travailler, les enfants vont à l’école et la situation dans les magasins est de nouveau normale. Il manque toujours quelques petites choses en rayon mais on peut de nouveau acheter des nouilles instantanées et de l’eau. La limitation sur l’achat de bouteilles d’eau est passée de 2 à 6 bouteilles par personnes mais étant donné le nombre assez faible de clients je ne sais pas si c’est toujours nécessaire. Je soir j’ai fait des petites courses et je n’ai pas attendu une seule seconde aux caisses. J’aurais aimé aller prendre des photos de quelques quartiers de la ville pour vous montrer que rien de change mais le problème reste le transport. Les trains roulent et sont à l’heure mais comme certaines lignes sont coupées à cause des coupures d’électricités chaque train est toujours plus bondé que d’habitude et ça rend les déplacement pénibles. J’irais sûrement me balader un peu dimanche pour tâter l’atmosphère dans les différents quartiers de la capitale. En attendant je n’ai rien remarqué d’anormal dans le quartier de Kagurasaka où je travaille. Il y a toujours autant de gens dans la rue et tous les magasins sont ouverts. Même constat près de chez moi. La salle d’arcade près de ma station de train était même pleine de monde ce qui montre à quel point les japonais ne s’inquiètent pas. À moins que depuis 3 jours je ne fasse la navette entre deux quartiers dans lesquels les gens sont de purs optimistes qui vivent sur des arcs en ciel en sucre je ne vois pas vraiment la différence entre le Tokyo d’aujourd’hui et celui d’avant le tremblement de terre.

J’ai resenti une petite secousse tout à l’heure en arrivant chez moi mais rien avant ça, ce qui confirme de plus en plus que les répliques sont surtout remarquées en hauteur (j’habite au 3e étage, l’équivalent du 2e en France) et passent inaperçue au niveau du sol.

Je ne sais pas où en est le problème de l’essence et s’il faut toujours faire des heures de queue avant de pouvoir faire le plein. Je dis “le plein” mais je crois que l’essence est rationnée également. J’imagine que ça ne s’est pas réglé en l’espace d’une nuit.

La situation à la centrale nucléaire n’a pas l’air d’avoir changé depuis hier, du moins pas en mal. J’ai même noté quelques petites touches d’optimisme dans les articles en français que j’ai lu sur internet tout à l’heure. Jusqu’à maintenant tout ce qui a été rejeté de la centrale a été balayé vers l’océan par le vent.

Du côté de victimes même si on sait depuis quelques jours déjà qu’il y aura plus de 10 000 morts on a été capable de confirmer le décès de plus de 6500 personnes aujourd’hui (donc on a certainement retrouvé plus de 6500 corps) et les médias annoncent officiellement que le séisme de la semaine dernière a fait plus de victimes que celui de Kobe en 1995. Le décompte n’est pas près de s’arrêter, plus de 10 000 personnes sont encore portées disparues.

Le soir du tremblement de terre (3)
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Le soir du tremblement de terre (3)

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Dans la rue on ne voit plus les installations anti-sismiques du même oeil. Ici les piliers d'un pont.
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Cette station de métro comme toutes les autres a été condamnée. J'ai vu aux infos que certaines avaient ré-ouvert pour accueillir des gens durant la nuit.
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Ce panneau indique au moins 1h30 de bouchon. En fait c'est bien plus que ça. Mon beau-père qui était en voiture dans le même coin que moi au moment du séisme a passé toute la nuit dans son véhicule. Je plein ceux qui ont choisi l'option taxi pour rentrer et qui ont payé une fortune pour ne pas avancer.
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Les stations de bus sont prises d'assaut par les gens qui habitent trop loin pour rentrer à pied
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Dans les bus ça a l'air d'être l'enfer. Les gens sont entassés alors que les véhicules restant à l'arrêt. Au bout d'un moment les bus se sont tout de même complètement vidés. J'ai demandé à un chauffeur pourquoi. Il me répond qu'il n'a pas bougé depuis deux heures.
Jour 8 après le tremblement de terre
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Jour 8 après le tremblement de terre

Rien de neuf aujourd’hui. Il y a de grandes chances pour qu’aujourd’hui soit mon dernier rapport quotidien sur la situation à Tokyo car depuis quelques jours déjà il ne se passe rien et je répète presque la même chose tous les soirs. Je vais continuer à vous tenir informer occasionnellement – demain j’espère pouvoir aller prendre des photos de différents quartiers de Tokyo – mais vraiment il n’y a plus grand chose à dire sur ce qui se passe ici.

Même si l’on voit encore des rayons un peu vides de temps en temps on ne manque de rien dans les combini et les supermarchés. Les gens vont toujours travailler normalement et aujourd’hui, samedi, on pouvait voir pas mal de monde faire du shopping.

Comme chaque soir on a eu le droit à notre grosse réplique quotidienne, 6.1 de magnitude cette fois. Le train qui passait en bas de chez moi s’est arrêté aussitôt, et à l’intérieur personne n’a levé le nez de son livre ou de sa console de jeu.

À Fukushima les choses n’ont pas l’air de changer beaucoup non plus, mais en tout cas ça ne s’empire pas.

Rien d’autre.

Le soir du tremblement de terre (4)
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Le soir du tremblement de terre (4)

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Tokyo by Night. Tout comme des centaines de milliers de personnes je redécouvre la ville dans laquelle j'habite en empruntant à pied des endroits où l'on ne passe généralement qu'en train ou en voiture. Au loin je vois que la tour la plus haute du pays, la Tokyo Sky Tree, est toujours debout.
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Les gens n'ont pas seulement des casques, certains ont aussi des kits de survie. Je l'imagine contenir un plan de la ville, une lampe de poche et souvent on y devine aussi un casque d'après la forme.
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Le séisme ne fait pas que des malheureux. Ici un magasin de vélo fait le plein de clients. Acheter un vélo au Japon prend du temps car il faut l'immatriculer et il est souvent équipé sur mesure (béquille, panier, antivol...). Les gens ont du attendre sacrément longtemps debout avant de pouvoir pédaler.
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Un peu plus loin dans un magasin de surf cet employé n'a même pas essayé de rentrer préférant dormir sur place.
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Ici une salle des fêtes a ouvert ses portes et des volontaires proposent aux gens d'utiliser les toilettes ou de leur indiquer la meilleure route pour rentrer.
Dernier problème à Tokyo: L’essence
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Dernier problème à Tokyo: L’essence

Le séisme a fait des dizaines de milliers de sans-abri dans le nord du Japon et en ce moment même des gens risquent leur vie pour “réparer” la centrale nucléaire de Fukushima. À Tokyo en revanche ces problèmes paraissent assez loin et le seul effet du tremblement de terre sur la capitale reste la pénurie d’essence. Apparemment les camions de livraison de carburant ont du mal à circuler à cause des routes coupées pour raison de sécurité. Les ravitaillements sont plus rares alors que les clients sont plus nombreux (plus quelque chose se fait rare et plus les gens veulent en acheter pour faire des réserves). La moitié des pompes sont fermées dans la capitale et devant l’autre moitié ce sont des queues interminables qui se forment. On peut encore trouver de l’essence mais il faut être prêt à patienter plusieurs heures.

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Une file de voitures devant une station essence